ACTE III, SCÈNE IV
Que pour venir bientôt, frappant des coups plus sûrs, Délivrer ton Dieu même, et lui rendre ces murs; Zaïre cependant, ma sœur, son alliée.
Au tyran d'un sérail par l'hymen est liée ! Et je vais donc apprendre à Lusignan trahi Qu'un Tartare est le dieu que sa fille a choisi ! Dans ce moment affreux , hélas ! ton pèi e expire , En demandant à Dieu le salut de Zaïre.
ZAÏRE
.arrête, mou cher frère... arrête , connais-moi;
Peut-être que Zaïre est digne encor de toi.
Mon frère , épargne-moi cet horrible langage ;
Ton courroux, ton reproche est un plus grand outrage.
Plus sensible pour moi, plus dur que ce trépas
Que je te demandais , et que je n'obtiens pas.
L'état où tu me vois accable ton courage;
Tu souffres, je le vois ; je souffre davantage.
Je voudrais que du ciel le barbare secours
De mon sang , dans mon cœur, eût arrêté le cours ,
Le jour qu'empoisonné d'une flamme profane ,
Ce pur sang des chrétiens brûla pour Orosmane ,
Le jour que de ta sœur Orosmane charmé...
Pardonnez-moi , chrétiens : qui ne l'aurait aimé ?
Il faisait tout pour moi ; son cœur m'avait choisie ;
Je voyais sa fierté pour moi seule adoucie.
C'est lui qui des chrétiens a ranimé l'espoir;
C'est à lui que je dois le bonhçur de te voir.
Pardonne: ton courroux, mon père, ma tendresse.
Mes serments, mon devoir, mes remords, ma faiblesse ^i
Me servent de supplice , et ta sojur en ce jour
Meurt de son repentir, plus que de son amour.
NÉRESTAN
Je te blâme et te plains ; crois-moi, la Providence
Ne te laissera point périr sans innocence :
Je te pardonne , hélas ! ces combats odieux ;
Dieu ne t*a point prêté son bras victorieux.
Ce bras, qui rend la force aux. plus faibles courages,
Soutiendra ce roseau plié par les orages.
11 ne souffrira. pas qu'à son culte engagé ,
Entre un barbare et lui ton cœur soit partagé.
Le haplènic éteindra ces feux dont il sou])ire ,
164 ZAÏRE
VA lu vivras fidèle , ou périras martyre.
achève donc ici ton serment commencé :
Achève; et, dans l'iiorreur dont ton cœur est pressé,
Promets au roi Louis , à l'Europe , à ton père ,
Au Dieu qui déjà parle à ce cœur si sincère ,
De ne point accomplir cet hymen odieux
Avant que le pontife ait éclairé tes yeux,
Avant qu'en ma présence il te fasse chrétienne ,
Et que Dieu par ses mains t'adopte et te soutienne.
Le promets-tu , Zaïre ? ..
ZAÏRE
Oui , je te le promets :
Rends-moi chrétienne et Hbre; à tout je me soumets. Va d'un père expirant, va fermer la paupière; Va, je voudrais te suivre, et mourir la première.
MÎRESTAN.
Je pars ; adieu , ma sœur, adieu : puisque mes vœux Ne peuvent t'arracher à ce palais honteux , Je reviendrai bientôt, par un heureux baptême, T'arracher aux enfers , et te rendre à toi-même.