‹ ThéatreChapitre 122 sur 520 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ZAIRE,FATIME.

FATIME

Que je vous plains, madame , et que je vous admire I C'est le dieu des chrétiens, c'est Dieu qui vous inspire; Il donnera la force à vos bras languissants De briser des liens si chers et si puissants.

ZAÏnE.

Eh I pourrai-je achever ce fatal sacrifice ?

FATIME

Vous demandez sa grâce, il vous doit sa justice : De votre cœur docile il doit prendre le soin.

ZAÏRE

Jamais de son appui je n'eus tant de besoin.

FATIME

Si vous ne voyez plus votre auguste famille , Le Dieu que vous servez vous adopte pour fille ; Vous êtes dans ses bras, il parle à votre cœur; Et quand ce saint pontife, organe du Seigneur, Ne pourrait aborder dans ce palais profane...

ZAÏRE

Ah! j'ai porté la mort dans le sein d'Orosmane. J'ai pu désespérer le cœur de mon amant ! Quel outrage , Fatime , et quel affreux moment ! Mon Dieu, vous l'ordonnez; j'eusse été trop heureuse.

170 ZAÏRE

FATIME

Quoi ! regretter encor cette chaîne honteuse ! Hasarder la victoire, ayant tant combattu!

ZAÏRE

Victoire infortunée ! inhumaine vertu !

Xon , tu ne connais pas ce que je sacrifie. Cet amour si puissant , ce charme de ma vie , Dont j'espérais , hélas! tant de félicité, Dans toute son ardeur n'avait point éclaté. Fatime, j'offre à Dieu mes blessures cruelles, Je mouille devant lui de larmes criminelles Ces lieux où tu m'as dit qu'il choisit son séjour ; Je lui crie en pleurant : Ote-moi mon amour, Arrache-moi mes vœux , remplis-moi de toi-même! Mais, Fatime , à l'instant les traits de ce que j'aime, Ces traits chers et charmants , que toujours je revoi , Se montrent dans mon âme entre le ciel et moi. Eh bien ! race des rois , dont le ciel me fit naître , Père , mère , chrétiens , vous , mon Dieu , vous , mon maître. Vous qui de mon amant me privez aujourd'hui , Terminez donc mes jours , qui ne sont plus pour lui 1 Que j'expire innocente, et qu'une main si chère De ces yeux qu'il aimait ferme au moins la paupière ! Ah! que fait Orosmane.' il ne s'informe pas Si j'attends loin de lui la vie ou le trépas ; Il me fuit , il me laisse , et je n'y peux survivre.

FATIME

Quoi ! vous , fille des rois , que vous prétendez suivre , Vous , dans les bras d'un Dieu , votre éternel appui...

ZAÏRE

Eh ! pourquoi mon amant n'est-il pas né pour lui ?

Orosmane est-il fait pour être sa victime.?

Dieu pourrait-il haïr un cœur si magnanime?

Généreux, bienfaisant, juste, plein de vertus,

S'il était né chrétien , que serait-il de plus ?

Et plût à Dieu du moins que ce saint interprète ,

Ce ministre sacré que mon âme souhaite,

Du trouble où tu me vois vînt bientôt me tirer I

Je ne sais, mais enfin j'ose encore espérer

Que ce Dieu, dont cent fois on m'a peint la clémence,

^^e réprouverait point une telle alliance :

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