‹ ThéatreChapitre 123 sur 520 · ACTE IV, SCÈNE 11. 17 î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE 11. 17 î

Peut-ôtre , de Zaïre en secret adoré , ]1 pardonne aux combats de ce cœur déchiré; Peut-être , en me laissant au trône de Syrie, 11 soutiendrait par moi les ciirétiens de l'Asie. Fatime , tu le sais , ce puissant Saladin , Qui ravit à mon sang l'empire du Jourdain , Qui fit comme Orosmane admirer sa clémence , Au sein d'une chrétienne il avait pris naissance.

FATIME

Ahl ne voyez-vous pas que pour vous consoler...

ZAÏRE

Laisse-moi , je vois tout ; je meurs sans m'aveugler :

Je vois que mon pays , mon sang , tout me condamne;

Que je suis Lusignan , que j'adore Orosmane ;

Que mes vœux , que mes jours à ses jours sont liés.

Je voudrais quelquefois me jeter à ses pieds ,

De tout ce que je suis faire un aveu sincère.

FATIME

Songez que cet aveu peut perdre votre frère , Expose les chrétiens qui n'ont que vous d'appui, Et va trahir le Dieu qui vous rappelle à lui.

ZAÏRE

Ail î si tu connaissais le grand cœur d'Orosmane !

FATIME

II est le protecteur de la loi musulmane , Et plus il vous adore, et moins il peut souffrir Qu'on vous ose annoncer un Dieu qu'il doit haïr. Le pontife à vos yeux en secret va se rendre , Et vous avez promis...

ZAÏRE

Eh bien! il faut l'attendre.

J'ai promis , j'ai juré de garder ce secret : Hélas ! qu'à mon amant je le tais à regret ! Et , pour comble d'horreur, je ne suis plus aimée.

Page 1