‹ ThéatreChapitre 125 sur 520 · ACTE IV, SCÈNE 11. I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE 11. I

Me punisse à jamais ce ciel qui me condamne , Si je regrette rien que le cœur d'Orosmane !

OROSMANE

Zaïre , vous m'aimez !

ZA.ÏRE.

Dieu ! si je l'aime , liéias !

OROSMANE

Quel caprice étonnant , que je ne conçois pas!

Vous m'aimez! eh! pourquoi vous forcez- vous, cruelle,

A déchirer le cœur d'un amant si fidèle?

Je me connaissais mal ; oui, dans mon désespoir,

J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir.

Va, mon cœur est bien loin d'un pouvoir si funeste.

Zaïre, que jamais la vengeance céleste

Ne donne à ton amant , enchaîné sous ta loi ,

La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi !

Qui? moi? que sur mon trône une autre fût placée!

Non , je n'en eus jamais la fatale pensée.

Pardonne à mon courroux , à mes sens interdits,

Ces dédains affectés, et si bien démentis ;

C'est le seul déplaisir que jamais, dans ta vie ,

Le ciel aura voulu que ta tendresse essuie.

Je t'aimerai toujours... Mais d'où vient que ton cœur.

En partageant mes feux, différait mon bonheur?

Parle. Était-ce un caprice? est-ce crahite d'un maître.

D'un Soudan, qui pour toi veut renoncer à l'être?

Serait-ce un artifice? Épargne-toi ce soin ;

L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin :

Qu'il ne souille jamais le saint no'ud qui nous lie!

L'art le plus innocenttient de la perfidie.

Je n'en connus jamais , et mes sens déchirés ,

Pleins d'un amour si vrai...

ZAÏRE

Vous me désespérez.

Vous m'êtes cher, sans doute ; et ma tendresse^ vtrême Est le comble des maux pour ce cœur qui vous aime.

OROSMANE

Ociell expliquez-vous. Quoi! toujours me troubler? Se peut-il?....

ZAÏRE

Dieu puissant, (pie nepuis-jc parler!

174 ZAiiii:.

OROSMANE

Quel étrange secret me cachez-vous, Zaïre? Est-il quelque chrétien qui contre moi conspire? Me trahit-on? parlez.

ZAÏRE

Eh ! peut-on vous trahir ?

Seigneur, entre eux et vous vous me verriez courir. On ne vous trahit point , pour vous rien n'est à craindre; Mon malheur est pour moi , je suis la seule à plaindre.

OROSMANE

Vous , à plaindre ! grand Dieu !

ZAÏRE

Souffrez qu'à vos genoux Je demande en tremblant une grâce de vous.

OROSMANE

Une grâce î ordonnez et demandez ma vie.

ZAÏRE

Plût au ciel qu'à vos jours la mienne fût unie ! Orosmane... Seigneur... permettez qu'aujourd'hui, Seule , loin de vous-même , et toute à mon ennui , D*un œil plus recueilli contemplant ma fortune , Je cache à votre oreille une plainte importune... Demain , tous mes secrets vous seront révélés.

OROSMANE

De quelle inquiétude , ô ciel , vous m'accablez : Pouvez- vous...

ZAÏRE

Si pour moi l'amour vous parle encore^. Ne me refusez pas la grâce que j'implore.

OROSMANE

Eh bien! il faut vouloir tout ce que vous voulez;

J'y consens ; il en coûte à mes sens désolés.

Allez, souvenez-vous que je vous sacrifie

Les moments les plus beaux, les plus chers de ma vie,

ZAÏRE

En me parlant ainsi, vous me percez le coeur,

OROSMANE

Eh bien ! vous me quittez , Zaïre ?

ZAÏRE

Hélas! seigneur.

ACIL n , iJCË.NE IV. 175

Page 1