ACTE IV, SCÈNE 11. I
Me punisse à jamais ce ciel qui me condamne , Si je regrette rien que le cœur d'Orosmane !
OROSMANE
Zaïre , vous m'aimez !
ZA.ÏRE.
Dieu ! si je l'aime , liéias !
OROSMANE
Quel caprice étonnant , que je ne conçois pas!
Vous m'aimez! eh! pourquoi vous forcez- vous, cruelle,
A déchirer le cœur d'un amant si fidèle?
Je me connaissais mal ; oui, dans mon désespoir,
J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir.
Va, mon cœur est bien loin d'un pouvoir si funeste.
Zaïre, que jamais la vengeance céleste
Ne donne à ton amant , enchaîné sous ta loi ,
La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi !
Qui? moi? que sur mon trône une autre fût placée!
Non , je n'en eus jamais la fatale pensée.
Pardonne à mon courroux , à mes sens interdits,
Ces dédains affectés, et si bien démentis ;
C'est le seul déplaisir que jamais, dans ta vie ,
Le ciel aura voulu que ta tendresse essuie.
Je t'aimerai toujours... Mais d'où vient que ton cœur.
En partageant mes feux, différait mon bonheur?
Parle. Était-ce un caprice? est-ce crahite d'un maître.
D'un Soudan, qui pour toi veut renoncer à l'être?
Serait-ce un artifice? Épargne-toi ce soin ;
L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin :
Qu'il ne souille jamais le saint no'ud qui nous lie!
L'art le plus innocenttient de la perfidie.
Je n'en connus jamais , et mes sens déchirés ,
Pleins d'un amour si vrai...
ZAÏRE
Vous me désespérez.
Vous m'êtes cher, sans doute ; et ma tendresse^ vtrême Est le comble des maux pour ce cœur qui vous aime.
OROSMANE
Ociell expliquez-vous. Quoi! toujours me troubler? Se peut-il?....
ZAÏRE
Dieu puissant, (pie nepuis-jc parler!
174 ZAiiii:.
OROSMANE
Quel étrange secret me cachez-vous, Zaïre? Est-il quelque chrétien qui contre moi conspire? Me trahit-on? parlez.
ZAÏRE
Eh ! peut-on vous trahir ?
Seigneur, entre eux et vous vous me verriez courir. On ne vous trahit point , pour vous rien n'est à craindre; Mon malheur est pour moi , je suis la seule à plaindre.
OROSMANE
Vous , à plaindre ! grand Dieu !
ZAÏRE
Souffrez qu'à vos genoux Je demande en tremblant une grâce de vous.
OROSMANE
Une grâce î ordonnez et demandez ma vie.
ZAÏRE
Plût au ciel qu'à vos jours la mienne fût unie ! Orosmane... Seigneur... permettez qu'aujourd'hui, Seule , loin de vous-même , et toute à mon ennui , D*un œil plus recueilli contemplant ma fortune , Je cache à votre oreille une plainte importune... Demain , tous mes secrets vous seront révélés.
OROSMANE
De quelle inquiétude , ô ciel , vous m'accablez : Pouvez- vous...
ZAÏRE
Si pour moi l'amour vous parle encore^. Ne me refusez pas la grâce que j'implore.
OROSMANE
Eh bien! il faut vouloir tout ce que vous voulez;
J'y consens ; il en coûte à mes sens désolés.
Allez, souvenez-vous que je vous sacrifie
Les moments les plus beaux, les plus chers de ma vie,
ZAÏRE
En me parlant ainsi, vous me percez le coeur,
OROSMANE
Eh bien ! vous me quittez , Zaïre ?
ZAÏRE
Hélas! seigneur.
ACIL n , iJCË.NE IV. 175