LETTRE DE M. ALGAROTTI
de sa patrie. II faut s'intéresser également pour tous les deux pendant le cours de la pièce, quoiqu'il semble que ces passions doivent s'entre-nuire et se détruire réciproquement, comme feraient deux forces égales et opposées, et par conséquent ne produire aucun effet, et renvoyer les spectateurs sans agitation.
Ce sont ces réflexions qui ont fait dire à un homme du métier qu'il regardait ce sujet comme l'écueil des poètes tragiques, et qu'il l'aurait proposé volontiers à quelqu'un de ses rivaux.
Il semble que Voltaire, non content de ces difiicultés , en ail voulu faire naître de nouvelles, en faisant Brutus fils de César , ce qui d'ailleurs est fondé sur l'histoire. Il a aussi trouvé par là le moyen de se ménager de très-belles situations, et de jeter dans sa pièce un nouvel intérôt, qui se réunit tout entier à la lin pour César. La harangue d'Antoine produit cet effet; et elle est, à mon avis, un modèle de l'éloquence la plus séduisante : entin, je crois que l'on peut dire avec vérité que Voltaire a ouvert une nouvelle carrière, et qu'il a atteint le but en même temps.