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CASSIUS, BRUTUS, CIMBER, CASCA, DÉCIME

LES CONJURFS.

CASSILS.

Brutus, quelle infortune accable ta vertu ' Le tyran sait-il tout? Rome est-elle trahie;'

BRUTIS.

Non, César ne sait point qu'on va trancher sa vie.

VOLTAIRE. TUKATUE. !"•>

Il se coulie à vous.

DECIME.

Qui peut donc te troubler ?

Uniualheur, un secret qui yous fera tr^mbler.

CXSSIUS.

De nous ou du tyran c'est la mort q"/ ^'^PPrête Nous pouvons tous périr; mais treml^ler , nous

BRLTUS.

JP vais t'épouvanler par ce secret affreux. Je dois sa mon à Rome, à vous, à -s neve^^^^^^^^ AU bonheur des mortels ; et j'avais ^l^oisi leure r e lieu le bras , l'instant où Rome veut qu il meure t— r du p'remier coup à -s mains est remis; Tout est prêt : apprenez que Brutus est son fils.

CIMBER

xVrrêtc

Toi, son fils !

De César 1

CASSIUS

DÉCIME

O Rome!

BRLTUS.

Servilie

Par un hvmen secret à César fut unie; Je suis de cet hymen le fruit infortune.

CIMBER

Brutus, fils d'un tyran!

CASSIUS

Non, tu n'en es pas né; Ton cœur est trop romain.

Ma honte est véritable.

Vous amis, qui voyez le destin qui m'accable Soy z par ries serments les maîtres de mon sort. SlVquelqu'un de vous d'un esprit as^^^^^^^^^ Assezstoïque, assez au-dessus du ulge

Pour oser décider ce que Brutus do.t t^ire ' ^^. Je m'en remets à vous. Quoi ! vous baissez les , , Toi, Cassius, aussi , tu te tais avec c"k1 Au^un ne m; soutient au bord de cet abinel

ACTt: m, SCÈNE U. 2(!

Aucim ne m'encourage, ou ne m'arrache au crime ! Tu frémis, Cassius! et, prompt à t'étonner...

CASSIUS

Je frémis du conseiJ que je vajs te donner.

Parle.

CASSIUS

Si tu n'étais qu'un citoyen vulgaire, Je te dirais : Va , sers , sols tyran sous ton père ; Écrase cet État <pie tu dois soutenir : Rome aura désormais deuv traîtres à punir. Mais je parle àBrutus, à ce puissant génie, A ce héros armé contre la tyrannie , Dont le cœur inflexible, an îiien déterminé , Épura tout le sang que César t'a donné. Écoute : tu connais avec quelle furie Jadis Catllina menaça sa patrie?

Oui.

CASSIUS

Si, le même jour que ce grand criminel Dut à la hberté porter le coup mortel ; Si, lorsque le sénat eut condamné ce traître, Catilina pour fils t'eût voulu reconnaître. Entre ce monstre et nous forcé de décider, Parle : qu'aurais-tu fait.^

Peux -tu le demander.^ Penses-tu qu'un instant ma vertu démentie Eût mis dans la balance un homme et la patrie.^

CASSIUS

Bnilus, par ce seul mot ton devoir est dicté; C'est l'arrêt du sénat : Rome est en sûreté. Mais, dis, sens-tu ce trouble et ce secret murmure Qu'un préjugé vulgaire impute à la nature.? Un seul mot de César a-t-il éteint dans toi L'amour de ton pays, ton devoir et ta foi? En disant ce secret, ou faux on véritable, Et l'avouant pour fils, en est-il moins coupable.^ En es-tu moins Brutus ? en es-tu moins Romain ? Nous dois-tu moins ta vie, et ton cœur, et ta main.^

Toi, son fils! Rome enfin nest-elle plus ta mère? Chacun des conjurés n'est-iî donc plus ton frère? Né dans nos murs sacrés , nourri par Scipion , Élève de Pompée , adopté par Caton , Ami de Cassius, que veux-tu davantage?

Ces titres sont sacrés, tout autre les outrage. Qu'importe qu'un tyran, esclave de l'amour. Ait séduit Servilie , et t'ait donné le jour ? Laisse là les erreurs et l'hymen de ta mère; Caton forma tes mœurs , Caton seul est ton père; Tu lui dois ta vertu , ton àme est toute à lui : Brise Tindigne nœud que l'on t'offre aujourd'hui; Qu'à nos serments communs ta fermeté réponde, Et tu n'as de parents que les vengeurs du monde.

BRUTLS.

Et vous^ braves amis, parlez, que pensez-vous?

CIMBER

Jugez de nous par lui, jugez de lui par nous. D'un autre sentiment si nous étions capables, Rome n'aurait point eu des enfants plus coupables. Mais à d'autres qu'à toi pourquoi t'en rapporter? C est ton cœur , c'est Brutus qu'il te faut consulter,

BlîLTLS.

Eh bien! à vos regards mon àme est dévoilée,

Lisez-y les horreurs dont elle est accablée.

Je ne vous cèle rien, ce cœur s'est ébranlé;

De mes stoiques yeux des larmes ont coulé.

Après l'affreux serment que vous m'avez vu faire,

Prêt à servir l'État, mais à tuer mon père;

Pleurant d'être son fils, honteux de ses bienfaits,

Admirant ses vertus, condamnant ses forfaits;

Voyant en lui mon père, un coupable, un grand homme.

Entraîné i>ar César, et retenu par Rome;

D'iiorreur et de pitié mes esprits déchirés

Ont souhaité la mort que vous lui préparez.

Je vous dirai bien plus; sachez que je l'estime :

Son grand cœur me séduit , au sein même du crime ;

Et si sur les Romains quelqu'un pouvait régner,

11 est le seul tyran que l'on dût épargner.

Ne vous alarmez point; ce nom que je déteste,

Ce nom seul de tyran l'emporte sur le reste.

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