ACTE m, SCÈNE IV
, Longtemps dans notre sangSylIa s'était noyé; Il rendit Rome lil)re. et tout (ut oublié. Cet assassin illustre, entouré de victimes, En descendant d'.i trône effaça tous ses crimes. Tu n'eus point ses fureurs , ose avoir ses vertus. Ton cœur sut pardonner ; César, fais encor plus : Que servent désormais les grâces que tu donnes } C'est à Rome , à l'État qu'il faut que tu pardonnes. Alors, plus qu'à ton rang nos cœurs te sont soumis; Alors tu sais régner; alors je suis ton fils. Quoi ! je te parle en vain ?
CÉSAR
Rome demande un maître :
Un jour à tes dépens tu l'apprendras peut-être. Tu vois nos citoyens plus puissants que des rois : Nos mœurs changent, Brutus; il faut changer nos lois. La liberté n'est plus que le droit de se nuire : Rome , qui détruit tout , semble enfin se détruire. Ce colosse effrayant, dont le monde est foulé, En pressant l'univers , est lui-même ébranlé. Il penche vers sa chute, et contre la tempête Il demande mon bras pour soutenir sa tête. Enfin, depuis Sylla, nos antiques vertus, Les lois, Rome , l'État, sont des noms superflus. Dans nos temps corrompus, pleins de guerres civiles, Tu parles connne au temps des Dèces, des Émiles.
Caton t'a trop séduit , mon cher fils ; je prévoi .
Que ta triste vertu perdra VÉtat et toi.
Fais céder, si tu peux , ta raison détrompée
Au vain(iueur de Caton , au vainqueur de Pompée ,
k ton père ({ui t'aime, et ((ui plaint ton erreur.
Sois mon fils en effet, Brutus; rends-moi ton cœur;
Prends d'autres sentiments , ma bonté t'en conjure ;
Se force point ton âme à vaincre la nature.
fu ne me réponds rien? tu détournes les yeux?
BhUTUS.
Je ne te connais plus. Tonnez sur moi , grands dieux ! César...
CÉSAR
Quoi ! tu t'émeus P ton âme est amollie? hl mon fils...
BRUTLS.
Sais- lu bien qu'il y va de ta vie?
Sais-tu que le sénat n'a point de vrai Romain Qui n'aspire en secret à te percer le sein? Que le salut de Rome , et que le tien , te touche : Ton génie alarmé te parle par ma bouche ; Il me pousse , il me presse , il me jette à tes pieds.
(H se jette à SCS genoux.) César, au nom des dieux, dans ton cœur oubliés ; Au nom de tes vertus , de Rome , et de toi-même, Dirai-je au nom d'un fils qui frémit et qui t'aime, Qui te préfère au monde, et Rome seule à toi ? Ne me rebute pas!
CÉSAR
Malheureux I laisse-moi.
Que me veux -tu?
BRUTLS.
Crois-moi, ne sois point insensible.
CIÎSAK.
L'univers peut changer; mon âme est inflexible.
Voilà donc ta réponse ?
CÉSAR
Oui , tout est résolu.
Rome doit obéir, quand César a voulu.
BRUTUS, d'un air consterné.
Adieu , César.
CÉSAR
Hc quoi ! d'où viennent tes alarmes?
Demeure encor, mon fils. Quoi ! tu verses des larmes? Quoi ! Brutus peut pleurer! Est-ce d'avoir un roi? PJeures-tu les Romains?
Je ne pleure que toi.
Adieu , te dis-je.
CÉSAR
0 Rome ! ô rigueur héroïque I Que ne puis-je à ce point aimer ma république!