‹ ThéatreChapitre 168 sur 520 · CÉSAR, DOLABELLA, ROMAINS · texte numérisé non relu

CÉSAR, DOLABELLA, ROMAINS

DOLABELLA

Le sénat par ton ordre au temple est arrivé :

On n'attend plus que toi , le trône est élevé.

Tous ceux qui t'ont vendu leur vie et leurs suffrages

Vont prodiguer l'encens au pied de tes images.

J'amène devant toi la foule des Romains :

Le sénat va fixer leurs esprits incertains;

Mais si César croyait un citoyen qui l'aime,

Nos présages affreux , nos devins, nos dieux même.

César différerait ce grand événement.

CÉSAR

Quoi! lorsqu'il faut régner, différer d'un moment! Qui pourrait m'arrôter, moi.?

DOLABELLA

Toute la nature Conspire à t'avertir par un sinistre augure. Le ciel , qui fait les rois , redoute ton trépas.

CÉSAR

Va, César n'est qu'un homme, et je ne pense pas Que le ciel de mon sort à ce point s'inquiète. Qu'il anime pour moi la nature muette , Et que les éléments paraissent confondus, Pour qu'un mortel ici respire un jour de plus. Les dieux du haut du ciel ont compté nos années; Suivons sans reculer nos hautes destinées. César n'a rien à craindre.

DOLABELLA

Il a des ennemis Qui sous un joug nouveau sont à peine asservis : Qui sait s'ils n'auraient point conspiré leur vengeance?

CÉSAR

Us n'oseraient.

DOLABELLA

Ton cœur a trop de confiance.

CÉSAR

Tant de précautions conlre mon jour fatal

Me rendraient méprisable , et me défendraient mal.

DOLABELLA

Pour le salut de Rome il faut que César vive; Dans le sénat au moins permets que je te suive.

CÉSAR

Non : pourquoi changer l'ordre entre nous concerté? N'avïinçons point , ami , le moment arrêté : Qui change ses desseins découvre sa faiblesse.

DOLABELLA

Je te quitte à regret. Je crains , je le confesse :

Ce nouveau mouvement dans mon cœur est trop fort.

CÉSAR

Va , j'aime mieux mourir que de craindre la mort 1 Allons.

DOLABELLA, romains.

DOLABELLA

Chers citoyens, quel héros, quel courage De la terre et de vous méritait mieux l'hommage ? Joignez vos vœux aux miens, peuples qui l'admirez ; Confirmez les honneurs qui lui sont préparés; Vivez pour le servir, mourez pour le défendre... Quelles clameurs , ô ciel , quels cris se font entendre !

LES CONJURÉS, derrière le théâtre.

Meurs , expire , tyran ! Courage , Cassius î

DOLABELLA

Ah ! courons le sauver.

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