CÉSAR, DOLABELLA, ROMAINS
DOLABELLA
Le sénat par ton ordre au temple est arrivé :
On n'attend plus que toi , le trône est élevé.
Tous ceux qui t'ont vendu leur vie et leurs suffrages
Vont prodiguer l'encens au pied de tes images.
J'amène devant toi la foule des Romains :
Le sénat va fixer leurs esprits incertains;
Mais si César croyait un citoyen qui l'aime,
Nos présages affreux , nos devins, nos dieux même.
César différerait ce grand événement.
CÉSAR
Quoi! lorsqu'il faut régner, différer d'un moment! Qui pourrait m'arrôter, moi.?
DOLABELLA
Toute la nature Conspire à t'avertir par un sinistre augure. Le ciel , qui fait les rois , redoute ton trépas.
CÉSAR
Va, César n'est qu'un homme, et je ne pense pas Que le ciel de mon sort à ce point s'inquiète. Qu'il anime pour moi la nature muette , Et que les éléments paraissent confondus, Pour qu'un mortel ici respire un jour de plus. Les dieux du haut du ciel ont compté nos années; Suivons sans reculer nos hautes destinées. César n'a rien à craindre.
DOLABELLA
Il a des ennemis Qui sous un joug nouveau sont à peine asservis : Qui sait s'ils n'auraient point conspiré leur vengeance?
CÉSAR
Us n'oseraient.
DOLABELLA
Ton cœur a trop de confiance.
CÉSAR
Tant de précautions conlre mon jour fatal
Me rendraient méprisable , et me défendraient mal.
DOLABELLA
Pour le salut de Rome il faut que César vive; Dans le sénat au moins permets que je te suive.
CÉSAR
Non : pourquoi changer l'ordre entre nous concerté? N'avïinçons point , ami , le moment arrêté : Qui change ses desseins découvre sa faiblesse.
DOLABELLA
Je te quitte à regret. Je crains , je le confesse :
Ce nouveau mouvement dans mon cœur est trop fort.
CÉSAR
Va , j'aime mieux mourir que de craindre la mort 1 Allons.
DOLABELLA, romains.
DOLABELLA
Chers citoyens, quel héros, quel courage De la terre et de vous méritait mieux l'hommage ? Joignez vos vœux aux miens, peuples qui l'admirez ; Confirmez les honneurs qui lui sont préparés; Vivez pour le servir, mourez pour le défendre... Quelles clameurs , ô ciel , quels cris se font entendre !
LES CONJURÉS, derrière le théâtre.
Meurs , expire , tyran ! Courage , Cassius î
DOLABELLA
Ah ! courons le sauver.