ACTE 111, SCENE VIE
DOLABELLA
Vous trahissez, Romains, le sang de ce grand homme?
CASSIL'S.
J'ai tué mon ami pour le salut de Rome !
n Yous asservit tous, son sang est répandu.
Est-il quelqu'un de vous de si peu de vertu ,
D'un esprit si rampant, d'un si faihle courage,
Qu'il puisse regretter César et l'esclavage?
Quel est ce vil Romain qui veuf avoir un roi?
S'il en est un , qu'il parle , et qu'il se plaigne à moi.
Mais vous m'applaudissez, vous aimez tous la gloire.
ROMAINS
César fut un tyran , périsse sa mémoire !
CASSIUS
Maîtres du monde entier, de Rome heureux enfants,
Conservez à jamais ces nobles senlim.ents.
Je sais que devant vous Antoine va paraître :
Amis, souvenez-vous que César fut son maître,
Qu'il a servi sous lui dès ses plus jeunes ans,
Dans l'école du crime et dans l'arl des tyrans.
Il vient justifier son maître et son empire;
Il vous méprise assez pour penser vous séduire.
Sans doute il peut ici faire entendre sa voix :
Telle est la loi de Rome , et j'obéis aux lois.
Le peuple est désormais letn* organe suprême.
Le juge de César, d'Antoine, de moi-même.
Vous rentrez dans vos droits indignement perdus;
César vous les ravit, je vous les ai rendus :
Je les veux affermir. Je rentre au Capitole;
Brutus est au sénat ; il m'attend , et j'y vole.
Je vais avec Brutus , en ces murs désolés.
Rappeler la justice, et nos dieux exilés;
Étouffer des méchants les fureurs intestines,
El de la liberté réparer les ruines.
Vous, Romains, seulement consentez d'être heureux j
Ne vous trahissez pas, c'est tout ce que je veux;
Redoutez tout d'Antoine, et surtout l'artifice.
ROMAINS
S'il vous ose accuser, que lui-même il périsse!