‹ ThéatreChapitre 177 sur 520 · ACTE I, SC£>'E I · texte numérisé non relu

ACTE I, SC£>'E I

Je vous remets, mon lils, ces honiiems souverains Que la vieillesse arrache à mes débiles mains. J'ai consumé mon âge au sein de l'Amérique; Je montrai le premier au peu[)le du .Mexique' L'appareil inouï , pour ces mortels nouveaux, De nos châteaux ailés qui volaient sur les eaux : Des mers de Magellan jusqu'aux astres de l'Ourse, Les vainqueurs castillans ont dirigé ma course : Heureux si j'avais pu, pour fruit de mes travaux, En mortels vertueux changer tous ces héros '. Mais qui peut arrêter l'abus de la victoire? Leurs cruautés, mon iils,ont obscurci leur gloire^; Et j'ai pleuré longtemps sur ces tristes vainqueurs, Que le ciel fit si grands, sans les rendre meilleurs. Je touche au dernier pas de ma longue carrière , Et mes yeux sans regret quitteront la lumière, S'ils vous ont vu régir sous d'équitables lois Uèmpire du"Pôt6ze et la ville des rois,.

GLSMAN.

J'ai conquis avec vous ce sauvage hémisphère ; Dans ces climats brûlants j'ai vaincu sous mon père ; Je dois de vous encore apprendre à gouverner. Et recevoir vos lois plutôt que d'en donner.

ALVAREZ

rs'on, non, l'autorité ne veut point de partage. Consumé de travaux, appesanti par l'âge, Je suis las du pouvoir; c'est assez si ma voix Parle encore au conseil et règle vos exploits. Croyez-moi, les humains, que j'ai troj) su connaître, Méritent peu, mon lils, qu'on veuille être leur maître. Je consacre à mon Dieu, négligé trop longtemps, De ma caducité les restes languissants.

Je ne veux qu'une grâce , elle me sera chère : Je l'attends comme ami, je la demande en père. Mon fils, remettez-moi ces esclaves obscurs , Aujourd'hui par votre ordre arrêtés dans nos murs.

> l-'expédition du Mexique se fit en isi7, et celle du Pérou en j.iai. Ainsi Alvarez a pu aisément les voir. Los-Reyes, lieu de la scène , fut bâtie en 1853.

> On sait quelles cruautés Fernand Cortez exerça au Mexique , et Pizarrc au Pérou.

242 ALZIKE.

Songez que ce grand jour doit être un jour propice , Marqué par la clémence , et non par la justice.

GUSMAN

Quand vous priez un fils, seigneur, vous commandez :

Mais daignez voir au moins ce que vous hasardez.

D'une ville naissante , encor mal assurée ,

Au peuple américain nous défendons l'entrée :

Empêchons , croyez-moi , que ce peuple orgueilleux

Au fer qui l'a dompté n'accoutume ses yeux;

Que, méprisant nos lois , et prompt à les enfreindre.

Il ose contempler des maîtres qu'il doit craindre.

Il faut toujours qu'il tremble, et n'apprernieà nous voir

Qu'armés de la vengeance , ainsi que du pouvoir.

L'Américain farouche est un monstre sauvage

Qui mord en frémissant le frein de l'esclavage;

Soumis au châtiment , fier dans l'impunité,

De la main qui le flatte il se croit redouté.

Tout pouvoir, en un mot , périt par l'indulgence.

Et la sévérité produit l'obéissance.

Je sais qu'aux Castillans il suffit de l'honneur,

Qu'à servir sans murmure ils mettent leur grandeur :

Mais le reste du monde, esclave de la crainte,

A besoin qu'on l'opprime , et sert avec contrainte.

Les dieux même adorés dans ces climats affreux ,

S'ils ne sont teints de sang , n'obtiennent point de vœux ^

ALVAREZ

Ah ! mou fils , que je hais ces rigueurs tyranniques ! Les pouvez-vous aimer ces forfaits politiques, Vous, chrétien , vous choisi pour régner désormais Sur des chrétiens nouveaux au nom d'un Dieu de paix ? Vos yeux ne sont-ils pas assouvis des ravages Qui de ce continent dépeuplent les rivages? Des bords de l'Orient n'étais-jedonc venu Dans un'monde idolâtre , à l'Europe inconnu , Que pour voir abhorrer sous ce brûlant tropique, Et le nom de l'Europe, et le nom cathoUque ? Ah ! Dieu nous envoyait , quand de nous il fit choix , Pour annoncer son nom , pour faire aimer ses lois :

» On immolait quelquefois des hommes en Amérique; mais il n'y a presque aucun peuple qui n'ait été coupable de cette horrible superstition.

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