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ACTE 11, SCÈNE IV

Attire ici l'Europe, et ne nous défend pas.

Le fer manque à nos mains; les cieiix , pour nous avares,

Ont fait ce don funeste à des mains plus barbares :

Mais, pour venger enfin nos peuples abattus,

Le ciel , au lieu de fer, nous donna des vertus.

Je combats pour Alzire, et je vaincrai pour elle.

M0NTÎ:ZE,

Le ciel est contre toi : calme un frivole zèle. Les temps sont trop changés.

ZAMORE

Que peux-tu dire, hélas!

Les temps sont-ils changés, si ton cœur ne l'est pas. Si ta fille est fidèle à ses vœux, à sa gloire. Si Zamore est présent encore à sa mémoire ? Tu détournes les yeux, tu pleures, tu gémis!

MONTÈZE.

Zamore infortuné!

ZAMORE

Ne suis-je plus ton fils ?

Nos tyrans ont flétri ton âme magnanime ; Sur le bord de la tombe ils t'ont appris le crime.

MONTÈZE.

Je ne suis point coupable, et tous ces conquérants,

Ainsi que tu le crois, ne sont point des tyrans.

Il en est que le ciel guida dans cet empire.

Moins pour nous conquérir qu'afin de nous instriiirc' ;

Qui nous ont apporté de nouvelles vertus ,

Des secrets immortels, et des arts inconnus ,

La science de l'iiomme, un grand exemple à suivre ;

Enfin l'art d*être heureux, de penser, et de vivre.

ZAMORE

Que dis-tu.' quelle horreur ta bouche ose avouer ! Alzire est leur esclave , et tu peux les louer !

MONTÈZE.

tlle n'est point esclave.

ZAMORE

Ah , Monlèze ! ah , mon père !

On voit que Montèze, persuadé comme il l'est, ne fait pi int ine lâcheté en refusant sa fille à Zamore. 11 doit trop aimer sa cHgion et sa flllc pour la céder à un idolûtre qui ne pourrait la dcndre.

258 ALZlRi:.

Pardonne à mes malheurs , pardonne à ma coière ; Songe qu'elle est à moi par des nœuds éternels : Oui, tu me l'as promise aux pieds des in^mortels; Ils ont reçu sa foi , son cœur n'est point parjure.

MONTÈZE.

N'atteste point ces dieux , enfants de l'imposture , Ces fantômes affreux , que je ne connais plus ; Sous le Dieu que j'adore ils sont tous abattus.

ZAMORE

Quoi! ta religion.' quoi ! la loi de nos pères?

MQISTÈZE.

J'ai connu son néant, j'ai quitté. ses chimères. Puisse le Dieu des dieux , dans ce monde ignoré , Manifester son être à ton cœur éclairé 1 Puisses-tu mieux connaître , ô malheureux Zamore , Les vertus de l'Europe, et le Dieu qu'elle adore I

ZAMORE

Quelles vertus ! Cruel, les tyrans de ces lieux T'ont fait esclave en tout , t'ont arraché tes dieux. Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse ? Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse ? Garde-toi...

MONTÈZE..

Ta, mon cœur ne se reproche rien :

Je dois bénir mon sort, et pleurer stir le tien.

ZAMOflE.

Situ trahis ta foi, tu dois pleurer sans doute.

Prends pitié des tourments que ton crime me coûte ,

Prends pitié de ce cœur, enivré tour à tour

De zèle pour mes dieux , de vengeance et d'amour.

Je cherche ici Gusman , j'y vole pour Alzire ;

Viens ; conduis-moi vers elle , et qu'à ses pieds j'expire.

Ne me dérobe point le bonheur de la voir ;

Crains de porter Zamore au dernier désespoir ;

Reprends un cœur humain , que ta vertu bamùe...

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