DE L'ÉDITION DE
L'OEdipe, dont on donne cette nouvelle édition, fut représenté, pour la première fois, à la lin de l'année 1718. Le public le rend avec beaucoup d'indulgence. Depuis même, cette tragédie s'est toujours soutenue sur le théâtre, et on la revoit encore avec quelque plaisir, malgré ses défauts; ce que j'attribue, en l'.irlio, à l'avantage qu'elle a toujours eu d'être très-bien repré- <'ntée,el en partie à la pompe et au palhétiquc du spectacle iiiOmc.
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Le P. Folard, jésuite, et M. de la Motte, de r Académie française, ont depuis traité tous deux le mémo sujet, et tous deux ont évité les défauts dans lesquels je suis tombe. Il ne m'appartient pas de parler de leurs pièces; raes critiques et même mes louanges paraîtraient également suspectes.
Je suis encore plus éloigné de prétendre donner une poétique à l'occasion de cette tragédie : je suis persuadé que tous ces raisonnements délicats , tant rebattus depuis quelques années, ne valent pas une scène de génie , et qu'il y a bien plus a apprendre dans Polyeucte et dans C^/^.«a que dans tous les préceptes de l'abbé d'Aubignac : Sévère et PauUne sont les véritables mai- U-es de l'art. Tant de livres faits sur la peinture par des connaisseurs n'instruiront pas tant un élève que la seule vue d'une tête de Raphaël. .
Les principes de tous les arts qui dépendent de l'imagination sont tous aisés et simples, tous puisés dans la nature et dans la raison. Les Pradon et les Boyer les ont connus aussi bien que les Corneille et les Racine : la différence n'a été et ne sera jamais que dans l'application. Les auteurs CCArmide et d' Jsse , et les plus mauvais compositeurs, ont eu les mêmes règles de musique ; Lf Poussin a travaillé sur les mêmes principes que Vignon. Il parait donc aussi inutile de parler de règles à la tète d'une tragédie , qu'il le serait à un peintre de prévenir le public par des dissertations sur ses tableaux, ou à un musicien de vouloir démontrer que sa musique doit plaire. , , . ,
Mais puisque M. de la Motte veut établir des règles toutes contraires à celles qui ont guidé nos grands maîtres, il est juste de défendre ces anciennes lois, non parce qu'elles sont anciennes, mais parce qu'elles sont bonnes et nécessaires , et qu'elles pourraient avoir dans un homme de son mérite un adversaire redoutable.