SCÈNE IV
ZAMORE enchaîné, ALZIRE , GARDES.
ZAMORE
C'est ici qu'il faut périr tous deux.
Sous l'horrible appareil de sa fausse justice, Un tribunal de sang te condamne au supplice. Gusman respire encor ; mon bras désespéré N'a porté dans son sein qu'un cou[> mal assuré : Il vit pour achever le malheur de Zamore; Il mourra tout couvert de ce sang que j'adore; Nous périrons ensemble à ses yeux expirants ; Il va goûter encor le plaisir des tyrans. Alvarez doit ici prononcer de sa bouche L'abominable arrêt de ce conseil farouche. C'est moi qui t'ai perdue, et tu péris pour moi.
^ ALZIRE
Va , je ne me plains plus ; je mourrai près de toi.
iSlt ALZIRE.
Tu m'aimes , c'est assez ; bénis ma destinée , Bénis le coup affreux qui rompt mon hyménée; Songe que ce moment , où je vais chez les morts , Est le seul où mon cœur peutt'aimer sans remords. Libre par mon supplice, à moi-môme rendue. Je dispose à la fin d'une foi qui t'est due. L'appareil de la mort , élevé pour nous deux , Est l'autel où mon cœur te rend ses premiers feux. C'est là que j'expierai le crime involontaire De l'infidélité que j'avais pu te faire. Ma plus grande amertume, en ce funeste sort, C'est d'entendre Alvarez prononcer notre mort.
ZAMORE
kh ! le voici ; les pleurs inondent son visage.
ALZIRE
Qui de nous trois , ô ciel ! a reçu plus d'outrage ? Et que d'infortunés le sort assienûble ici !