ACTE m, SCÈNE II. 3lS
Croirai-je que Zopire ait un cœur si perfide!
Ce matin , comme otage à ses yeu\ présenté ,
J'admirais sa noblesse et son humanité;
Je sentais qu'en secret une force inconnue
Enlevait jusqu'à lui mon àme prévenue :
Soit respect pour son nom , soit qu'un dehors heureux
Me cachât de son cœur les rephs dangereux;
Soit que, dans ces moments où je t'ai rencontrée,
Mon àme tout entière, à son bonlieur hvrée,
Oubliant ses douleurs , et chassant tout effroi ,
Ne connût, n'entendu , ne vît plus rien que toi;
Je me trouvais heureux d'être auprès de Zopire.
Je le hais d'autant plus qu'il m'avait su séduire :
Mais, malgré le courroux dont je dois m'animer,
Qu'il est dur de haïr ceux qu'on voulait aimer I
PALMIRE
Ah ! que le ciel en tout a joint nos destinées !
Qu'il a pris soin d'unir nos âmes enchaînées !
Hélas ! sans mon amour, sans ce tendre lien ,
Sans cet instinct charmant qui joint mon cœur au tien,
Sans la religion que 3Iahomet m'inspire,
J'aurais eu des remords en accusant Zopire.
SÉIDE
Laissons ces vains remords , et nous abandonnons A la voix de ce dieu qu'à l'envi nous servons. Je sors. Il faut prêter ce serment redoutable ; Le dieu qui m'entendra nous sera favorable; Et le pontife-roi , qui veille sur nos jours , Bénira de ses mains de si chastes amours. Adieu. Pour être à toi, je vais tout entreprendre.
SCÈ>E II.
PALMIRE
D'un noir pressentiment je ne puis me défendre. Cet amour dont l'idée avait fait mon bonheur, Ce jour tant souhaité n'est qu'un jour de terreur. Quel est donc ce serment qu'on attend de Séide ? Tout m'est suspect ici ; Zopire m'intimide. J'invoque Mahomet , et cependant mon cœur ft|)rouve à son nom même une secrète horreur.
Dans les profonds respects que ce héros m'inspire, Je sens que je le crains presque autant que Zopire. Délivre-moi , grand Dieu , de ce trouble où je suis ! Craintive je te sers , aveugle je te suis : Hélas ! daigne essuyer les pleurs où je me noie !