MAHOMET, PALMIRE
PALMIRE
C'est vous qu'à mon secours un dieu propice envoie, Seigneur. Séide...
MAHOMET
Eh bien! d'où vous vient cet effroi.' Et que craint-on pour lui , quand on est près de moi ?
PALMIRE
O ciel ! vous redoublez la douleur qui m'agite. Quel prodige inouï ! votre âme est interdite ; Mahomet est troublé pour la première fois.
MAHOMET
Je devrais l'être au moins du trouble où je vous vois.
Est-ce ainsi qu'à mes yeux votre simple innocence
Ose avouer un feu qui peut-être m'offense ?
Votre cœur a-t-il pu , sans être épouvanté ,
Avoir un sentiment que je n'ai pas dicté?
Ce cœur que j'ai formé n'est-il plus qu'un rebelle
Ingrat à mes bienfaits , à mes lois infidèle?
PALMIRE
Que dites- vous ? Surprise et tremblante à vos pieds, Je baisse en frémissant mes regards effrayés. Hé quoi! n'avez- vous pas daigné, dans ce lieu même. Vous rendre à nos souhaits, et consentir qu'il m'aime? Ces nœuds, ces chastes nœuds, que Dieu formait en nous. Sont un lien de plus qui nous attache à vous.
MAHOMET
Redoutez des liens formés par l'imprudence. Le crime quelquefois suit de près l'innocence. Le cœur peut se tromper ; l'amour et ses douceurs Pourront coûter, Palmire , et du sang et des pleurs.
PALMIRE
W'en doutez pas, mon sang coulerait pour Séide.