‹ ThéatreChapitre 258 sur 520 · SÉIDE, PALMIRE · texte numérisé non relu

SÉIDE, PALMIRE

SÉIDK.

Palmire, que veux-tu? Quel luneste transport! Qui t'amène eu ces lieux consacrés à la mort ?

PALMIRE

Séide , la frayeur et l'amour sont mes guides ; iMes pleurs baignent tes mains saintement bomicides. Quel sacrifice horrible, hélas! faut-il offrir? A Mahomet, à Dieu, tu vas donc obéir?

SÉIDE

O de mes sentiments souveraine adorée.

Parlez, déterminez ma fureur égarée; Éclairez mon esprit , et conduisez mon bras ; Tenez-moi Heu d'un dieu que je ne comprends pas! Pourquoi m'a-t-il choisi? Ce terrible prophète D'un ordre irrévocable est-il donc l'interprète?

FALMIRE.

Tremblons d'examiner. Mahomet voit nos cœurs , Il entend nos soupirs , il observe mes pleurs : Chacun redoute en lui la Divinité même. C'est tout ce que je sais ; le doute est un blasphème : Et le dieu qu'il annonce avec tant de hauteur, Séide, est le vrai dieu, puisqu'il le rend vainqueur.

SÉIDE

11 l'est, puisque Palmire et le croit et l'adore. Mais mon esprit confus ne conçoit point encore Comment ce dieu si bon , le père des humains , Pour un meurtre effroyable a réservé mes mains. Je ne le sais que trop que mon doute est un crime ; Qu'un prêtre sans remords égorge sa victime ; Que par la voix du ciel Zopire est condamné ; Qu'a soutenir ma loi j'étais prédestiné. Maliomet s'expliquait, il a fallu me taire; Et, tout fier de servir la céleste colère, Sur l'ennemi de Dieu je portais le trépas : Un autre dieu , peut-être, a retenu mon bras.

Du moins, lorsque j'ai vu ce malheureux Zopire,

De ma religion j'ai senti moins l'empire.

Vainement mon devoir au meurtre m'appelait ;

A mon cœur éperdu l'humanité parlait.

Mais avec quel courroux, avec quelle tendresse,

Mahomet de mes sens accuse la faiblesse !

Avec quelle grandeur et quelle autorité

Sa voix vient d'endurcir ma sensibilité!

Que la religion est terrible et puissante !

J'ai senti la fureur en mon cœur renaissante.

Palmire, je suis faible, et du meurtre effrayé;

De ces saintes fureurs je passe à la pitié ;

De sentiments confus une foule m'assiège :

Je crains d'être barbare , ou d'être sacrilège.

Je ne me sens point fait pour être un assassin.

Mais quoi ! Dieu me l'ordonne, et j'ai promis ma main!

J'en verse encor des pleurs de douleur et de rage.

Vous me voyez, Palmire, en proie à cet orage,

Nageant dans le reflux des contrariétés ,

Qui pousse et qui retient mes faibles volontés :

C'est à vous de fixer mes fureurs incertaines.

Nos cœurs sont réunis par les plus fortes chaînes ;

Mais , sans ce sacrifice à mes mains imposé ,

Le nœud qui nous unit est à jamais brisé;

Ce n'est qu'à ce seul prix que j'obtiendrai Palmire.

PALMIRE

Je suis le prix du sang du malheureux Zopire!

SÉIDE

Le ciel et Mahomet ainsi l'ont arrêté.

PALMIRE

L'amour est-il donc fait pour tant de cruauté?

SÉIDE

Ce n'est qu'au meurtrier que Mahomet te donne.

PALMIRE

Quelle effroyable dot !

SÉIDE

Mais si le ciel l'ordonne.' Si je sers et l'amour et la religion ?

PALxMIRE.

Hélas!

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