Acte V, scènes
Tous ces traits sont naïfs , tout y est convenable à ceux que vous introduisez sur la scène, et aux mœurs que vous leur donnez. Ces familiarités naturelles eussent été, à ce que je crois, bien reçues dans Athènes; mais Paris et notre parterre veulent une autre espèce de simplicité. >'otre ville pourrait même se vanter d'avoir un goût plus cultivé qu'on ne l'avait dans Athènes : car entin il me semble qu'on ne représentait d'ordinaire des pièces de théâtre dans cette première ville de la Grèce que dans quatre fêtes solennelles , et Paris a plus d'un spectacle tous les jours de l'année. Onne comptait dans Athènes que dix mille citoyens, et notre ville est peuplée de près de huit cent mille habitants, parmi lesquels je crois qu'on peut compter trente mille juges des ouvrages dramatiques, et qui jugent presque tous les jours.
Vous avez pu , dans votre tragédie, traduire cette élégante il simple comparaison de Virgile {Georg., IV, 511) :
« Qualis populea mœrens Philomela sub umbra i< Amissos queritur fœtus.»
Si je prenais une telle liberté , on me renverrait au poëme épique : tant nous avons affaire à un maitre dur , qui est le public.
« Nescis, heu ! ncscis dominae fastidia Rom?e... « Et pueri nasum rhinocerotis habent. »
Martial, 1, 4.
Les Anglais ont la coutume de linir presque tous leurs actes par une comparaison; mais nous exigeons, dans une tragédie, que ce soient les héros qui parlent, et non le poète: et notre public pense que, dans une grande crise d'affaires, dans un conseil, dans une passion violente , dans un danger pressant, les princes, les ministres, ne font point de comparaisons poélii|ues.
nment pourrais-je encore faire parler souvent ensemble des images subalternes? Ils servent che/ vous à préparer des lus intéressantes entre les principaux acteurs; ce sont les i\tnaes d'un beau palais: mais notre public impatient veut filtrer tout d'un coup dans le palais. Il faut donc se plier au goi'it d'une nation, d'autant plus diflicile qu'elle est depuis longtemps rassasiée de chefs-d'œuvre.
358 A M. MAFFEl.
Cependant, parmi tant de détails que noire extrême sévérité réprouve, combien de lieautésje regrettais! combien me plaisait la simple nature, quoique sous une forme étrangère pournous Je vous rends compte, monsieur, d'une partie des raisons qui m'ont empêché de vous suivre^ «a vous admirant.
Je fus obligé, à regret, d'écrire une Mérope nouvelle; je l'ai donc faite différemment; mais je suis bien loin de croire l'avoir mieux faite. Je me regarde avec vous comme un voyageur à qu un roi d'Orient aurait fait présent des plus ricnes étoffes: ce roi devrait permettre que le voyageur s'en fit habiller à la mode de son pays.
Ma Mérope fut achevée au commencement de 1736 , à peu près telle qu'elle est aujourd'hui. D'autres études m'empêchèreni delà donner au théâtre; mais la raison qui m'en éloignait k plus était la crainte de la faire paraître après d'autres pièces heureuses, dans lesquelles on avait tu depuis peu le même sujet sous des noms différents. Enlin, j'ai hasardé ma tragédie et notre nation a fait connaître qu'elle ne dédaignait pas de voi la même matière différemment traitée. Il est arrivé à notr« théâtre ce qu'on voit tous les jours dans une galerie de pein tare, où plusieurs tableaux représentent le même sujet: les connaisseurs se plaisent à remarauer les diverses manières; cha eun saisit, selon son goût, le caractère de chaque peintre c'est une espèce de concours qui sert à la fois à perfectionne! J'art, et à augmenter les lumières du public.
Si la Mérope française a eu le même succès que la Méropt itaiienne , c'est à vous, monsieur , que je le dois ; c'est à cette simplicité dont j'ai toujours été idolâtre, qui, dans votre ou' vrage , m'a servi de modèle. Si j'ai marché dans uue rout( différente , vous m'y avez toujours servi de guide.
J'aurais souhaité pouvoir, à l'exemple des Italiens et dei Anglais , employer l'heureuse facilité des vers blancs , et je mi suis souvenu plus d'une fois de ce passage de Rucellai :
.< Tu sai pur che l'imagin dclla voce « Che risponde dai sassi, ov' Eco alberga , « Sempre nemicafu del noslro regno, « E fu inventrice délie prime rime. »
Mais je me suis aperçu, et j'ai dit, il y a longtemps, qu'uw telle tentative n'aurait jamais de succès en France, et qu'il y au rait beaucoup plus de faiblesse que de force à éluder un joug qu'on porté les auteurs de tant d'ouvrages qui dureront autant que 1ï nation française. Notre poésie n'a aucune des libertés de la vôtre et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles les Italien nous ont précédés de plus de trois siècles dans cet art si aimabl et si difficile.
iiliipili
on. cause ,e «aal, C^'^r^:,' ™ Jt «^0"; o^St;
Sè4S;eTu:.r.tr r " '"' " ----'-
C'est parla que l'histoire m'est précieuse, et elle me le de viem davantage parla place que vous tiendr;^ pa miTeux oui ont donne de nouveaux plaisirs et de nouvelles lu^ére" aux hommes. La postérité apprendra avec émulation qurvotre na toe vous a rendu les honneurs les plus rares, et^que yérone' vous a eleveune statue, avec cette inscript on, Tu ,1X08 >CP,oxMAFTEi titam; inscription aussi belle en son S ' ni P ' '' " ' ^ï°°tpellier, a louis x,v après sr^iofx Daignez ajouter, monsieur, aux hommages de vos conci
aX'auSar'-f'fT^^"^ '' respectueuse estime".^", tiacne autant que s'il elait né à Véroue.
MÊROPE,
TRAGKDÎE EN CINQ ACTES, KEPUïSEMÉE A TARIS, POUR LA PREMlÈîlE FOIS, LE 20 FEVRIER 1743
Hoc legite , austeri : crimen amoris abest.
PERSONNAGES
.MEROPE , veuve de Cresphonte, roi de Messène.
ÉGISTHE , fils de Mérope,
POLYPHONTE, tyran de Messène.
NARBAS, vieillard.
EURYCLÈS , favori de Mérope.
ÉROX , favori de Polyplionte.
ISMÉNIE, confidente de Mérope.
La scène est à Messène , dans le palais de Mérope,