ŒDIPE, JOCASTE
OEDII'E.
Non , quoi que vous disiez , mou âme inquiétée De soupçons importuns n'est pas moins agitée. Le grand prêtre me gêne , et, prêt à l'excuser. Je commence en secret moi-même à m'accuser. 5ur tout ce qu'il m'a dit, plein d'une horreur extrême, Te me suis en secret interrogé moi-même ; £t mille événements de mon àme effacés le sont offerts en foule à mes esprits glacés, ^e passé m'interdit , et le présent m'accable; fe lis dans l'avenir un sort épouvantable : t le crime partout semble suivre mes pas.
JOCASTE
ïé quoi! votre vertu ne vous rassure pas! ^'êtes-vous pas enfin sûr de votre innocence?
OEDH'E.
)n est plus criminel quelquefois ({u'on ne pense.
JOCASTE
i\\ ! d'un prêtre indiscret dédaignant les fureurs Cessez de l'excuser par ces làcbcs terreurs.
lU nom du grand Laïus et du courroux céleste , }uand Laïus entreprit ce voyage funeste, ivait-il près de lui des gardes, des soldats.'
JOCASTE
e VOUS l'ai déjà dit, un seul suivait ses pas.
Jn seul homme?
JOCASTE
Ce roi, plus grand que sa fortune' ,
La première fois que l'empereur Joseph II parut à laComéilic-Fran-
Df^daignait comme vous une pompe importune; Ou. ne voyait jamais marclier devant son char D'un bataillon nombreux le fostueux rempart; Au milieu des sujets soumis à sa puissance, Comme il était sans crainte, il marchait sans défense: Par l'amour de son peuple il se croyait gardé.
OEDII'E,
O héros par le ciel aux mortels accordé , Des véritables rois exemple au^uuste et rare , Œdipe a-t-il sur toi porté sa main barbare? Dépeignez-moi du moins ce prince malheureux.
JOCASTE
Puisque vous rappelez un souvenir fâcheux, Malgré le froid des ans , dans sa mâle vieillesse. Ses yeux brillaient encor du feu de la jeunesse; Son front cicatrisé sous ses cheveux blanchis Imprimait le respect aux mortels interdits ; Lt si j'ose, seigneur, dire ce que j'en pense , __Laïus eut avec vous assez de ressemblance; Et je m'applaudissais de retrouver en vous. Ainsi que les vertus, les traits de mon époux. Seigneur, qu'a ce discours qui doive vous surprendre?
J'entrevois des malheurs que je ne puis comprendre : Je crains que par les dieux le pontife inspiré Sur mes destins affreux ne soit trop éclairé. Moi, j'aurais massacré... Dieux! serait-il possible.^
JOCASTE
Cet organe des dieux est-il donc infaillible? Un ministère saint les attache aux autels ; Ils approchent des dieux , mais ils sont des mortels. Pensez-vous qu'en effet au gré de leur demande Du vol de leurs oiseaux la vérité dépende? Que sous un fer sacré des taureaux gémissants Dévoilent l'avenir à leurs regards perçants , Et que de leurs festons ces victimes ornées Des humains dans leurs flancs portent les destinées? Non, non : chercher ainsi l'obscure vérité, ^| I
çaisc, à Paris , en 1777, on donnail OEdipe , et le public lui appliqu j J rcs vers. (K.) . ] ]