ACTE IV, SCÈNE I
Une invisible main repoussait mes présents; Et les rents , au milieu de la foudre éclatante , Portèrent jusqu'à moi cette voix effrayante : (c rse viens plus des lieu.v saints souiller la pureté; u Du nombre des vivants les dieux t'ont rejeté; « Ils ne reçoivent point tes offrandes impies; «■ Va porter tes présents aux autels des Furies ; « Conjure leurs serpents prêts à te déchirer : « Va , ce sont là les dieux que tu dois implorer. » Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, Cette voix m'annonça (le croirez- vous, madame?) Tout l'assemblage affreux des forfaits inouïs Dont le ciel autrefois menaça votre fils ; JMe dit que je serais l'assassin de mon père.
Ah dieux !
OEDIFE.
Que je serais le mari de ma mère.
JOCASTE
Où suis-je? Quel démon , en unissant nos cœurs,
Cher prince, a pu dans nous rassembler tant d'horreurs?
Il n'est pas encor temps de répandre des larmes; Vous apprendrez bientôt d'autres sujets d'alarmes. Écoutez-moi , madame , et vous allez trembler.
Du sein de ma patrie il fallut m'exiler. Je craignis que ma main, malgré moi criminelle, Aux destins ennemis ne fût im jour fidèle; Et, suspect à moi-même , à moi-même odieux , Ma vertu n'osa point lutter contre les dieux. Je m'arrachai des bras d'une mère éplorée; Je partis , je courus de contrée en contrée ; Je déguisai partout ma naissance et mon nom : Un ami, de mes pas fut le seul compagnon. Dans plus d'une aventure, en ce fatal voyage, Le dieu (jui me guidait seconda mon courage : Heureux si j'avais pu , dans l'un de ces combats. Prévenir mon destin par un noble trépas ! Mais je suis réservé sans doute au parricide. Enfin je me souviens ([u'aux cham[>s de la Phocide ( Et je ne conçois pas par (picl enchantement
J'oubliais jusqu'ici ce grand évéûement; La main des dieux, sur moi si longtemps suspendue. Semble ôter le bandeau qu'ils mettaient sur ma vue), Dans un cbemin étroit je trouvai deux guerriers Sur un char éclatant (\ue traînaient deux coursiers; Il fallut disputer, dans cet étroit passage, Des vains honneurs du pas le frivole avantage. J'étais jeune et superbe , et nourri dans un rang Où l'on puisa toujours l'orgueil avecle-sang. Incoimu , dans le sein d'une terre étrangère, Je me croyais encore au trône de mon père ; Et tous ceux qu'à mes yeux le sort venait offrir Me semblaient mes sujets ,^ et faits pour m'obéir : - Je marche donc vers eux , et ma main furieuse Arrête des coursiers la fougue impétueuse ; Loin du char à l'instant ces guerriers élancés Avec fureur sur moi fondent à coups pressés. La victoire entre nous ne fut point incertaine : Dieux puissants , je ne sais si c'est faveur ou haine , .Mais sans doute pour moi contre eux vous combattiez; Et l'un et l'autre enfin tombèrent à mes pieds. L'un d'eux , il m'en souvient, déjà glacé par l'âge, Couché sur la poussière , observait mon visage; Il me tendit les bras , il voulut me parler ; De ses yeux expirants je vis des pleurs couler; Moi-même en le perçant je sentis dans mon àme , Tout vainqueur que j'étais... Vous frémissez, madame.
JOCASTE
Seigneur, voici Phorbas , on le conduit ici.
Hélas ! mon doute affreux va donc être éclairci !