‹ ThéatreChapitre 301 sur 520 · GARDES, SACRIFICATEURS · texte numérisé non relu

GARDES, SACRIFICATEURS

MÉROPE

Qu'on amène à mes yeux celte horrible victime. Inventons des tourments qui soient égaux au crime; Ils ne pourront jamais égaler ma douleur.

ÉGISTHE

On m'a vendu bien cher un instant de faveur; Secourez-moi , grands dieux à l'innocent propices !

EURYCLÈS.

Avant que d'expirer, qu'il nomme ses complices.

MÉROPE , avançant.

Oui , sans doute, il le faut. Monstre , qui t'a porté A ce comble du crime, à tant de cruauté ? Que t'ai-je fait.?

ÉGISTHE

Les dieux , qui vengent le parjure, Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture. J'avais dit à vos pieds la simple vérité ; J'avais déjà fléchi votre cœur irrité; Vous étendiez sur moi votre main protectrice : Qui peut avoir sitôt lassé votre justice "> Et quel est donc ce sang qu'a versé mon erreur? Quel nouvel intérêt vous parle en sa faveur.'

MÉROPE

Quel intérêt? barbare!

ÉGISTHE

Hélas! sur son visage J'entrevois de la mort la douloureuse image : Que j'en suis attendri! j'aurais voulu cent fois Racheter de mon sang l'état où je la vois.

MÉROPE

Le cruel ! à quel point on l'instruisit à feindre!

384 MÉROPE

Il m'arrache la vie , et semble encor me plaindre ;

(Elle se jette dans les bras d'isménie.) EURYCLÈS.

Madame, vengez-vous, et vengez à la fois Les lois, et la nature , et le sang de nos rois.

ÉGISTHE

A la cour de ces rois telle est donc la justice ! On m'accueille, on me flatte ; on résout mon supplice! Quel destin m'arrachait à mes tristes forêts? Vieillard infortuné, quels seront vos regrets? Mère trop malheureuse , et dont la voix si chère M'avait prédit...

MÉROPE

Barbare ! il te reste une mère î Je serais mère encor sans toi, sans ta fureur. Tu m'as ravi mon fils !

ÉGISTHE

Si tel est mon malheur , S'il était votre fils , je suis trop condamnable. Mon cœur est innocent, mais ma main est coupable. Que je suis malheureux ! Le ciel sait qu'aujourd'hui J'aurais donné ma vie et pour vous et pour lui.

MÉROPE

Quoi, traître! quand ta main lui ravit cette armure.,»

ÉGISTHE

Elle est à moi.

MÉROPE

Comment ? que dis-tu ?

ÉGISTHE

Je vous jure Par VOUS, par ce cher fils , par vos divins aïeux , Que mon père en mes mams mit ce don précieux.

MÉROPE

Qui , ton père ? En Élide ? En quel trouble il me jette ! Son nom ? parle , réponds.

ÉGISTHE

Son nom est Polyclète :

Je vous l'ai déjà dit.

MÉROPE

Tu m'arraches le cœur.

Quelle indigne pitié suspendait ma fureur î

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