‹ ThéatreChapitre 331 sur 520 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Peut-êlre Babylone , honorant ma mémoire ,

Mettra Sémiramis à côté des grands rois.

Vos mains de mon empire ont soutenu le poids.

Partout victorieuse , absolue, adorée,

De l'encens des humains je vivais enivrée ;

Tranquille, j'oubliai , sans crainte et sans ennuis ,

Quel degré m'éleva dans ce rang où je suis.

Des dieux, dans mon bonheur, j'oubliai la justice;

Elle parle, je cède : et ce grand édifice,

Que je crus à l'abri des outrages du temps,

Veut être raffermi jusqu'en ses fondements.

ASSUR

Madame , c'est à vous d'achever votre ouvrage, De commander au temps , de prévoir son outrage. Qui pourrait obscurcir des jours si glorieux.' Quand la terre obéit, que craignez- vous des dieux ?

SÉiMIRAMIS.

La cendre de Ninus repose en cette enceinte , Et vous me demandez le sujet de ma crainte ? Vous!

ASSUR

Je VOUS avouerai que je suis indigné Qu'on se souvienne encor si Ninus a régné. Craint-on après quinze ans ses mânes en colère ? Ils se seraient vengés, s'ils avaient pu le faire. D'un éternel oubli ne tirez point les morts. Je suis épouvanté , mais c'est de vos remords. Ah ! ne consultez point d'oracles inutiles : C'est par la fermeté qu'on rend les dieux faciles. Ce fantôme inouï qui paraît en ce jour. Qui naquit de la crainte , et l'enfante à son tour. Peut-il vous effrayer par tous ses vains prestiges ? Pour qui ne les craint point il n'est point de prodiges; Us sont l'appât grossier des peuples ignorants , L'invention du fourbe , et le mépris des grands. Mais si quelque intérêt plus noble et plus solide Éclaire votre esprit qu'un vain trouble intimide. S'il vous faut de Bélus éterniser le sang, Si la jeune Azéma prétend à ce haut rang...

SÉMIRAMIS

Je viens vous en parler. Ammon et Babylone

Demandent sans flctour un héritier du trône.

Il faut que de mon sceptre on partage le faix;

Et le peuple et les dieux vont être satisfaits.

Vous le savez assez , mon superbe courage

S'était fait une loi de régner sans partage :

Je tins -sur mon hymen l'univers en suspens ;

Et quand la Toix du peuple , à la fleur de mes ans ,

Cette voix qu'aujourd'hui le ciel même seconde ,

Me pressait de donner des souverains au monde;

Si quelqu'un put prétendre au nom de mon époux ,

Cet honneur, je le sais , n'appartenait qu'à vous ;

Vous deviez l'espérer, mais vous pûtes connaître

Combien Sémiramis craignait d'avoir un maître

Je vous fis , sans former un lien si fatal ,

Le second de la terre , et non pas mon égal.

C'était assez , seigneur ; et j'ai l'orgueil de croire

Que ce rang aurait pu suffire à votre gloire.

Le ciel me parle enfin ; j'obéis à sa voix :

Écoutez son oracle, et recevez mes lois.

<i Babylone doit prendre une face nouvelle ,

« Quand , d'un second hymen allumant le flambeau ,

« Mère trop malheureuse , épouse trop cruelle ,

« Tu calmeras Ninus au fond de son tombeau. «

C'est ainsi que des dieux l'ordre éternel s'explique

Je connais vos desseins et votre politique ;

Vous voulez dans l'État vous former un parti :

Vous m'opposez le sang dont vous êtes sorti.

De vous et d'Azéma mon successeur peut naître;

Vous briguez cet hymen , elle y prétend peut-être.

Mais moi , je ne veux pas que vos droits et les siens ,

Ensemble confondus , s arment contre les miens :

Telle est ma volonté , constante , irrévocable.

C'est à vous déjuger si le dieu qui m'accable

A laissé quelque force à mes sens interdits ,

Si vous reconnaissez encor Sémiramis ,

Si je puis soutenir la majesté du trône.

Je vais donner, seigneur, un maître à Babylone.

Mais, soit qu'un si grand choix honore un autre ou vous.

Je serai souveraine en prenant un époux.

Assemblez seulement les princes et les mages ;

Qu'ils viennent à ma voix joindre ici leurs suffrages.

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