ACTE III, SCÈNE I
Me désignât Arzace , et nommât mon vainqueur.
OTANE.
C'est beaucoup abaisser ce superbe courage Qui des maîtres du Gange a dédaigné l'hommage, Qui , n'écoutant jamais de faibles sentiments, Veut des rois pour sujets , et non pas pour amants. Vous avez méprisé jusqu'à la beauté même, Dont Tempire accroissait votre empire suprême; Et vos yeux sur la terre exerçaient leur pouvoir, Sans que vous daignassiez vous en apercevoir. Quoi! de l'amour enfin connaissez- vous les charmes? Et pouvez-vous passer de ces sombres alarmes Au tendre sentiment qui vous parle aujourd'lmi?
SÉMIRAMIS
Non , ce n'est point l'amour qui m'entraîne vers lui :
Mon âme par les yeux ne peut être vaincue.
Ne crois pas qu'à ce point de mon rang descendue.
Écoutant dans mon trouble un charme suborneur.
Je donne à la beauté le prix de la valeur ;
Je crois sentir du moins de plus nobles tendresses.
Malheureuse! est-ce à moi d'éprouver des faiblesses.
De connaître l'amour et ses fatales lois.'
Otane, que veux-tu .-'je fus mère autrefois;
Mes mallieureuses mains à peine cultivèrent
Ce fruit d*un triste hymen que les dieux m'enlevèrent.
Seule , en proie aux chagrins qui venaient m'alarmer,
N'ayant autour de moi rien que je pusse aimer,
Sentant ce vide affreux de ma grandeur suprême,
M'arrachant à ma cour et m'évitant moi-même,
J'ai cherché le repos dans ces grands monuments ,
D'une âme qui se fuit trompeurs amusements.
Le repos m'échappait; je sens que je le trouve;
Je m'étonne en secret du charme que j'éprouve;
Arzace me tient lieu d'un époux et d'un fils.
Et de tous mes travaux , et du monde soumis.
Que je vous dois d'encens, ô puissance céleste.
Qui, me forçant de prendre un joug jadis funeste,
Me préparez au nœud (pic j'avais abhorré.
En m'embrasant d'un feu par vous-même inspiré!
OTANE.
Mais vous avez prévu la douleur et la rage
45i SL.MIRAMIS.
Dont va frémir Assur à ce nouvel outrage ; Car enfin il se flatte , et la commune voix A fait tomber sur lui l'honneur de votre choix : II ne bornera pas son dépit à se plaindre.
SÉUIRAHIS.
Je ne l'ai point trompé , je ne veux pas le craindre. J*ai su quinze ans entiers , quel que fût son projet, Le tenir dans le rang de mon premier sujet : A son ambition, pour moi toujours suspecte, Je prescrivis quinze ans les bornes qu'il respecte. Je régnais seule alors : et si ma faible main Mit à ses vœux hardis ce redoutable frein , Que pourront désormais sa brigue et son audace Contre Sémiramis, unie avec Arzace?
Oui, je crois que Ninus, content de mes remords. Pour presser cet hymen quitte le sein des morts. Sa grande ombre en effet, déjà trop offensée, Contre Sémiramis serait trop courroucée ; Elle verrait donner, avec trop de douleur, Sa couronne et son lit à son empoisonneur. Du sein de son tombeau voilà ce qui l'appelle ; Les oracles d'Ammon s'accordent avec elle ; La vertu d'Oroès ne me fait plus trembler ; Pour entendre mes lois je l'ai fait appeler; Je l'attends.
OTANE.
Son crédit , son sacré caractère , Peut appuyer le choix que vous prétendez faire,. ,
SiaiIRAMIS.
Sa voix achèvera de rassurer mon cœur.
OTANE.
Il vient.