‹ ThéatreChapitre 339 sur 520 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SÉMIRAMIS , ARZACE, AZÉMA.

ARZACE.

O reine , à vous servir ma vie est consacrée :

Je vous devais mon sang ; et quand je l'ai versé ,

Puisqu'il coula pour vous , je fus récompensé.

Mon père avait joui de quelque renommée ;

Mes yeux l'ont vu mourir commandant votre armée;

Il a laissé, madame, à son malheureux fils

Des exemples frappants , peut-être mal suivis.

Je n'ose devant vous rappeler la mémoire

Des services d'un père et de sa faible gloire ,

Qu'afin d'obtenir grâce à vos sacrés genoux

Pour un fils téméraire , et coupable envers vous ,

Qui, de ses vœux hardis écoutant l'imprudence.

Craint, même en vous servant, de vous faire uneoffensft.

SÉMIRAMIS

Vous, m'offenser ? qui , vous? Ah ! ne le craignez pas.

Vous donnez votre main , vous donnez vos États. Sur ces grands intérêts , sur ce choix que vous faites , Mon cœur doit renfermer ses plaintes indiscrètes : Je dois dans le silence, et le front prosterné, Attendre avec cent rois qu'un roi nous soit donné. Maisd'Assur hautement le triomphe s'apprête; D'un pas audacieux il marche à sa conquête ; Le peuple nomme Assur ; il est de votre sang : Puisse-t-il mériter et son nom et son rang ! Mais enfin je me sens l'âme trop élevée Pour adorer ici la main que j'ai bravée,

458 SÊMIRAMIS.

Pour me voir écrasé de son orgueil jaloux. Souffrez que loin de lui, malgré moi loin de vous, Je retourne aux climats où je vous ai servie. J'y suis assez puissant contre sa tyrannie. Si des bienfaits nouTeaux dont j'ose me flatter...

SÉMIRAMlS.

Ail! que m'avez- vous dit? vous, fuir! vous, me quitter! Vous pourriez craindre Assur .^

ARZACE.

Non : ce cœur téméraire Craint dans le monde entier votre seule colère. Peut-être avez-vous su mes désirs orgueilleux : Votre indignation peut confondre mes vœux. Je tremble.

SÉMlRAMIS.

Espérez tout : je vous ferai connaître Qu'Assur en aucun temps ne sera votre maître.

ARZA.CE.

Eh bien ! je l'avouerai , mes yeux avec horreur De votre époux en lui verraient le successeur. Mais s'il ne peut prétendre à ce grand hy menée , Verra-t-on à ses lois Azéma destinée?

Pardonnez à l'excès de ma présomption ; Ne redoutez-vous point sa sourde ambition ? Jadis à Ninias Azéma fut unie ; C'est dans le même sang qu' Assur puisa la vie ; Je ne suis qu'un sujet, mais j'ose contre lui...

SÉMIRAMIS

Des sujets tels que vous sont mon plus noble appui. Je sais vos sentiments ; votre âme peu commune Chérit Sémiramis , et non pas ma fortune. Sur mes vrais intérêts vos yeux sont éclairés ; Je vous en fais l'arbitre ; et vous les soutiendrez. D' Assur et d' Azéma je romps l'intelligence; J'ai prévu les dangers d'une telle alliance , Je sais tous ses projets , ils seront confondus.

ARZACE.

Ah ! puisque ainsi mes vœux sont par vous entendus, Puisque vous avez lu dans le fond de mon âme...

AZÉMA arrive avec précipitation.

Reine, j'ose à vos pieds...

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