ACTE IV, SCENE V
Attend votre liyménée avec avidité.
Le tyran règle tout; il semble qu'il apprête L'appareil du carnage, et non pas d'une fête. Par l'or de ce tyran le grand prêtre inspiré A fait parler le dieu dans son temple adoré. *
Au nom de vos aïeux et du dieu qu'il atteste , Il vient de déclarer cette union funeste. Polyphonie, dit-il , a reçu vos serments ; Messène en est témoin , les dieux en sont garants. Le peuple a répondu par des cris d'allégresse; Et, ne soupçonnant pas le chagrin qui vous presse, Il célèbre à genoux cet hymen plein d'horreur : il bénit le tyran qui vous perce le cœur.
MÉROPE
Et mes malheurs encor font la publique joie !
NARBAS.
Pour sauver votre fils quelle funeste voie !
MÉROPE
C'est un crime effroyable , et déjà tu frémis.
NARRAS.
Mais c'en est un plus grand de perdre votre fils.
MÉROPE
Eh bien ! le désespoir m'a rendu mou courage. Courons tous vers le temple où m'attend mon outrage^ Montrons mon fils au peuple , et plaçons-le à leurs yeirx , Entre l'autel et moi, sous la garde des dieux. Il est né de leur sang, ils prendront sa défense; Ils ont assez longtemps trahi son innocence. De son lâche assassin je peindrai les fureurs : L'horreur et la vengeance empliront tous les cœurs. Tyrans, craignez les cris et les pleurs d'une mère! On vient; ah ! je frissonne. Ah ! tout me désespère. On m'appelle , et mon fils est au bord du cercueil; Le tyran peut encor l'y plonger d'un coup d'uil.
( aux sacrilicateurs.) Ministres rigoureux du monstre qui m'opprime, "Vous venez à l'autel entraîner la victime. O vengeance !ô tendresse! ô nature ! ô devoir! Qu'allez-vous ordonner d'un cœur au désespoir?
MÉROPE