GARDES
POLYPHONIE
(Narbas et Euryclès s'éloignent un peu.)
Retirez-vous ; et toi , dont l'aveugle jeunesse Inspire une pitié qu'on doit à la faiblesse , Ton roi veut bien encor, pour la dernière fois , Permettre à tes destins de changer à ion choix. Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance , Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance. Je puis au plus haut rang d'un seul mot t'élever, Te laisser dans les fers, te perdre , ou te sauver. Élevé loin des cours et sans expérience , Laisse-moi gouverner ta farouche imprudence. Crois-moi , n'affecte point , dans ton sort abattu , Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu. Si dans un rang obscur le destin t'a fait naître , Conforme à ton état, sois humble avec ton maître. Si le hasard heureux t'a fait naître d'un roi. Rends-toi digne de l'être eu servant près de moi. Une reine en ces lieux te donne un grand exemple ; Elle a suivi mes lois , et marche vers le temple. Suis ses pas et,les miens , viens aux pieds de l'autel Me jurer à ;renoux un hommage éternel.
402 MLIIOPE.
Puisque tu crains les dieux , atteste leur puissance, Prends-les tous à témoin de Ion obéissance. La porte des grandeuis est ouverte pour toi : Un refus te perdra. Cboisis, et réponds-moi.
ÉGISTHE
Tu, me vois désarmé, comment puis-je répondre? Tes discours, je l'avoue, ont de quoi me confondre. Mais rends-moi seulement ce glaive que tu crains , Ce fer que ta prudence écarte de mes mains : Je répondrai pour lors, et tu pourras connaître Qui de nous deux , perfide , est l'esclave ou le maître ; Si c'est à Polyphonte à régler nos destins , Et si le fils des rois punit les assassins.
POLYPHONTE
Faible et fier ennemi , ma bonté t'encourage : Tu me crois assez grand pour oublier l'outrage, Pour ne m'avilir pas jusqu'à punir en toi Un esclave inconnu qui s'attaque à son roi. Eb bien! cette bonté, qui s'indigne et se lasse. Te donne un seul moment pour obtenir ta grâce. Je t'attends aux autels , et tu peux y venir : Viens recevoir la mort, ou jurer d'obéir. Gardes , auprès de moi vous pourrez l'introduire; Qu'aucun autre ne sorte , et n'ose le conduire. Vous, Narbas , Euryclès , je le laisse en vos mains. Tremblez ! vous répondrez de ses caprices vains. Je connais votre bàine , et j'en sais l'impuissance; Mais je me fie au moins à votre expérience. Qu'il soit né de Mérope , ou qu'il soit votre fils , D'un conseil imprudent sa mort sera le prix.