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SECO>DE PARTIE

De la tragédie française comparée à la tragédie grecque.

Heureusement la bonne et vraie tragédie parut en France avant que nous eussions ces opéras , qui auraient pu l'étouffer. Un auteur, nommé Mairet, fut le premier qui , en imitant la Sophcmi^e du Trissino, introduisit la règle des trois unités, que vous aviez prise des Grecs. Peu à peu notre scène s'épura , et se défit de l'indécence et de la barbarie qui déshonoraient alors tant de théâtres , et qui servaient d'excuse à ceux dont la sévérité peu éclairée condamnait tous les spectacles .

Les acteurs ne parurent pas élevés, comme dans Athènes, sur des cothurues, qui étaient de véritables échasses; leur visase ne fut pas caché sous de grands masques , dans lesquels des tuvaux d'akain rendaient les sons de la voix plus frappants et plus terribles. Nous ne pûmes avoir la mélopée des Grecs. Nous nous réduisîmes à la simple décUunation harmonieuse, ainsi que vous en aviez d'abord usé. Enfin nos tragédies devinrent une imitation plus vraie de la nature. Nous substituâmes l'histoire à la fable grecque. La politique, l'ambition, la jalousie, les fureurs de l'amour, régnèrent sur nos théâtres. A»-

DISSKRTATiO.N SUR LA TU ÂGÉ I) IF!. 417

^iislc, Cinna, (y-sar, Cornélic, plus rcspcctaljUj.s (ju<; dch ln-ros labiiloiix , parl(';r(;iit .souvj^nt sur notre scéin; comme ils auraient parlé dans l'ancienne l'.orne.

Je ne prétends pas que la scène française l'ait emporté en tout sur celle des Cirées, el doive la faire oublier. Les inventeurs ont toujours la première place dans la mémoire des hommes : mais, quelque respect qu'on ait pour ces premiers f^énies, cela n'erapèche pas (|ue ceux qui les ont suivis ne fassent .souvent beaucoup plus de plaisir. On resp(;cte Homère , mais on lit le Tasse; on trouve dans lui beaucoup de beautés (ju'llornère n'a point connues. On admire Sophocle; mais combien de nos bons auteurs tragi(|ues ont-ils de traits de maîtres que Sophocle eut fait {gloire d'imiter , s'il fut venu après eux 1 Les Grecs auraient appris de nos grands modernes à faire des expositions plus adroites, à lier les scènes les unes aux autres par cet art imperceptible qui ne laisse jamais le théâtre vide, et qui fait venir et sortir avec raison les personnages. C'est à quoi les anciens ont souvent manqué, et c'est en quoi le Trissino les a malheureusement imités. Je maintiens, par exemple, que Sophocle et Euripide eussent regardé la première scène de IJoJazfdcoTrtma une école ou ils auraient profité, en voyant un vieux général d'armée annoncer, par les questions qu'il fait, qu'il tjiédite une grande entreprise :

Que faisaient cependant nos braves janissaires? Rendent-ils au sult.in des hommages sincères? Dans le secret des cœurs, Osmin , n'as-tu rien lu ? Et le moment d'après :

Crois-tu qu'ils me suivraient encore avec plaisir. Et qu'ils reconnaîtraient la voix de leur vizir?

Ils auraient admiré comme ce conjuré développe ensuite ses desseins, et rend compte de ses actions. Ce grand mérite de l'art n'était point connu aux inventeurs de l'art. Le choc des passions, ces combats de sentiments opposés, ces discours animés de rivaux et de rivales , ces contestations intéressantes où l'on dit ce que l'on doit dire , ces situations si bien ménagées, les auraient étonnés. Ils eussent trouvé mauvais peut-être qu'Hippolyte soit amoureux assez froidement d'Aricie, et que son gouverneur lui fasse des leçons de galanterie; qu'il dise :

Vous-même, où seriez-vous.

Si toujours votre mère, à l'amour opposée, D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ?

paroles tirées du Pastorftdo, et bien plus convenables a un 3erger qu'au gouverneur d'un prince; mais ils eussent été ravis în admiration en entendant Phèdre s'écrier (IV, 6; : OEnonc , qui l'oùt cm ? j'avais une rivale.

Hippolyte aime , et je n'en puis douter.

cè farouche ennemi qu'on nepoavait dompter,

Qu'offensait le respect , qu'importunait la plainte ,

Ce tigre que jamais je n'abordai sans crainte.

Soumis , apprivoisé , reconnaît un vainqueur, re désespoir de Phèdre, en découvrant sa rivale, vaut certainement uTpeu mieux que la satire des femmes , que fait si longuerÎeTsLal . pi4os rHippolyte d'Euripide q^^^^^^^^^

^!^^^^^^^^^^^^^^^^ detutespai-îs dans nos modernes. Quel effet ne ferait point

sur eux ce vers ( Hor. , III , 6 ) :

Que TouUez-vous qu'il fit contre trois? - Qu'il mourût. Et cette réponse, peut-être encore plus belle et plus passionnécnuet t Son à Oreste lorsque, après avoir exige de lui la mori Tp^rbus qu'eu aime, elle apprend malheureusement qu'elle est obéie , elle s'écrie alors ( Jndr. , Y , "î ) :

Pourquoi l'assassiner? qu'a-t-il fait? à quel titre?

Qui te l'a dit?

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