HERMIONE
Ah! îaUait-il en croire une amante insensée?
^ra \o\ C9 oue dit César quand on lui présente ;;rau.TeXnrie:c1^d.es ae Po.pée , P»«pe. , Y, » : 1
Les Grecs ont d'aulres beautés ; mais je m'en rapporte a vous. Les urecs ou ^^ caractère.
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histoire est fabuleuse. Mais l'auteur Aoulut peindre uu jeune homme fougueux dans ses passions, avec un mélange de bonnes et de mauvaises qualités; un père tendre et faible; et il a réussi dans quelques parties de son ouvrage. Le Ciel et Hémclius , tirés des Espagnols, sont encore des sujets feints : il est bien vrai qu'il y a eu un empereur nommé Héraclius, un capitaine espagnol qui eut le nom de Cid ; mais presque aucune des aventures qu'on leur attribue n'est véritable. Dans Zaïre et dans Alzire , si j'ose en parler (et je n'en parle que pour donner des exemples connus), tout est feint , jusqu'aux noms. Je ne conçois pas , après cela, comment le P. Brumoy a pu dire, dans son Théâtre des Grecs, que la tragédie ne peut souffrir de sujets feints, et que jamais on ne prit cette liberté dans Athènes. Il s'épuise à chercher la raison d'une chose qui n'est pas. I « Je crois en trouver une raison , dit-il , dans la nature de « l'esprit humain : il n'y a que la vraisemblance dont il puisse « être touché. Or, il n'est pas vraisemblable que des faits aussi « grands que ceux de la tragédie soient absolument inconnus : « si donc le poète invente tout le sujet, jusqu'aux noms, le « spectateur se révolte , tout lui parait incroyable; et la pièce « manque son effet, faute de vraisemblance. »
Premièrement, il est faux que les Grecs se soient interdit cette espèce de tragédie. Aristote dit expressément qu'Agathon s'était rendu très-célèbre dans ce genre. Secondement , il est faux que ces sujets ne réussissent point; l'expérience du contraire dépose contre le P. Brumoy. En troisième lieu , la raison qu'il donne du peu d'effet que ce genre de tragédie peut faire est encore très-fausse ; c'est assurément ne pas connaître le cœur humain , que de penser qu'on ne peut le remuer par des fic- Itions. En quatrième lieu , un sujet de pure invention , et un sujet vrai, mais ignoré, sont absolument la même chose pour les spectateurs ; et comme notre scène embrasse des sujets de tous les temps et de tous les pays, il faudrait qu'un spectateur allât consulter tous les livres avant qu'il sut si ce qu'on lui représente est fabuleux ou historique. Il ne prend pas assurément cette peine ; il se laisse attendrir quand la pièce est touchante, et il ne s'avise pas de dire; en voyant Polijeuctc : « Je « n'ai jamais entendu parler de Sévère et de Pauline ; ces gens- « là ne doivent pas me toucher. » Le P. Brumoy devait seulement remarquer que les pièces de ce genre sont beaucoup plus diïfidles à faire que les autres. Tout le caractère de Phèdre était déjà dans Euripide; sa déclaration d'amour, dans Sénèque le tragique; toute la scène d'Auguste et de Cinna, dans Sénèque le philosophe; mais il fallait tirer Sévère et Pauline de son propre fonds. Au reste, si le P. Brumoy s'est trompé dans cet endroit et dans quelques autres, sou livre est «l'ailleur.^ un des meilleurs et
des plus utiles que nous ayons; et je ne combats son erreui- qu'en estimant son travail et son goût.
Je reviens, et je dis que ce serait manquer d'àme et de jugement que de ne pas avouer combien la scène française est au-dessus de Ja scène grecque , par l'art de la conduite, par l'invention , par les beautés de détail , qui sont sans nombre. Mais aussi on serait bien partial et bien injuste de ne pas tomber d'accord que la galanterie a presque partout affaibli tous les avantages que nous avons d'ailleurs. Il faut convenir que, d'environ quatre cents tragédies qu'on a données au théâtre depuis qu'il est en possession de quelque gloire en France , il n'y en a pas dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d'amour, plus propre à ia comédie qu'au genre tragique. C'est presque toujours la même pièce , le même nœud, formé par une jalousie et une rupture, et dénoué par un mariage : c'est une coquetterie continuelle, une simple comédie , ou des princes sont acteurs , et dans laquelle il y a quelquefois du sang répandu pour la forme.
La plupart de ces pièces ressemblent si fort à des comédies, que les acteurs étaient parvenus, depuis quelque temps, à les réciter du ton dont ils jouent les pièces qu'on appelle du haut comique ; ils ont par la contribué à dégrader encore la tragédie : la pompe et la magnificence de la déclamation ont été mises en oubli. On s'est piqué de réciter des vers comme de la prose; on n'a pas considéré qu'un langage au-dessus du langage ordinaire doit être débité d'un ton au-dessus du ton familier. Et si quelques acteurs ne s'étaient heureusement corrigés de cesdéfauts, la tragédie ne seraitbientôt parmi nous qu'une suite de conversations galantes froidement récitées ; aussi n'y a-t-il pas encore longtemps que, parmi les acteurs de toutes les troupes, les principaux rôles dans la tragédie n'étaient connus que sous le nom de l'amoureux et de l'amoureuse. Si un étranger avait demandé dans Athènes : « Quel est votre meilleur acteur pour les amoureux dans Iphigénie, dans Hécube, dans les HéracUdcs, dans Œdipe, et dans Electre ?■>) on n'aurait pas même compris le sens d'une telle demande. La scène française s'est lavée de ce reproche par quelques tragédies où l'amour est une passion furieuse et terrible , et vraiment digne du théâtre ; et par d'autres , où le nomd'amour n'est pas mèmeprononcé. Jamais l'amour n'a fait verser tant de larmes que la nature. Le cœur n'est qu'effleuré, pour l'ordinaire, des plaintes d'une amante; mais il est profondément attendri de la douloureuse situation d'une mère près de perdre son lils : c'est donc assurément par condescendance pour son ami que Despréaux disait ( Art poét. , III , 95 ) :
De ra»io?/r la sensible peinture
Est , pour aller au cœur, la route la plus sûre.
La route de la nature est cent fois plus sûre , comme pita noble : les morceaux les plus frappants d'/^/ii^e«ie sont ceux où