‹ ThéatreChapitre 365 sur 520 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

SÉSÎIRAMIS.

Ah ! quels regards vos yeux lancent sur moi ! Arzace , est-ce donc là ce cœur soumis et tendre Qu'en vous donnant ma main j'ai cru devoir attendre ? Je ne nr étonne point que ce prodige affreux , Que les morts, déchaînés du séjour ténébreux. De la teiTeur en vous laissent encor la trace ; Mais j'en suis moins troublée en revoyant Arzace. Ah ! ne répandez pas cette funeste nuit Sur ces premiers moments du beau jour qui me luit. Soyez tel qu'à mes pieds je vous ai vu paraître , Lorsque vous redoutiez d'avoir Assur pour maître. Ne craignez point Ninus, et son ombre en courroux. Arzace , mon appui , mon secours , mon époux ; Cher prince...

ARZACE , se détournant.

C'en est trop : le crime m'environne... Arrêtez,

SÉMIRAMIS

A quel trouble , hélas ! il s'abandonne , Quand lui seul à la paix a pu me rappeler!

ARZACE.

Eh bien ?

ARZACE.

Je ne puis lui parler.

Fuyez-moi pour jamais , ou m'arrachez la vie.

SÉMIRAMIS

Quels transports! Quels discours! Qui ? moi ! queje vousfuie.^

Éclaircissez ce trouble insupportable , affreux ,

Qui passe dans mon âme , et fait deux malheureux.

Les traits du désespoir sont sur votre visage ;

De moment en moment vous glacez mon courage;

Et vos yeux alarmés me causent plus d'effroi

Que le ciel et les morts soulevés contre moi.

Je tremble en vous offrant ce sacré diadème ;

Ma bouche en frémissant prononce : « Je vous aime ; >»

D'un pouvou- inconnu l'invincible ascendant

M'entraîne ici vers vous, m'en repousse à l'instant,

Et, par un sentiment que je ne puis comprendre.

172 SÉMIRAMIS

Mêle une horreur affreuse à l'amour le plus tendre.

ARZAGE.

Haïssez- moi.

SÉMIKAMIS.

Gruel ! non , tu ne le veux pas.

Mon cœur suivra ton cœur, mes pas suivront tes pas. Quel est donc ce billet que tes yeux pleins d'alarmes Lisent avec horreur, et trempent de leurs larmes ? Contient-il les raisons de tes refus affreux ?

ARZACE.

Oui.

SÉMIRAMIS

Donne.

ARZACE.

Àhl je ne puis... osez-vous?

SÉMIRAMIS

Je le veux.

ARZACE.

Laissez^noi cet écrit horrible et nécessaire.. =

SÉMIRAMIS

D'où le tiens-tu?

ARZACE.

Des dieux.

SÉMIRAMIS

Qui l'écrivit ?

ARZACE.

Mon père.

Que me dis-tu ?

ARZACE.

Tremblez I

SÉMIRAMIS

Donne : apprends-moi mon sort.

ARZACE.

Cessez... à chaque mot vous trouveriez la mort.

SÉMIRAMIS

N'importe ; éclaircissez ce doute qui m'accable ; Ne me résistez plus, ou je vous crois coupable.

ARZACE.

Dieux , qui conduisez tout , c'est vous qui m'y forcez!

SÉMIRAMIS , prenant le billet.

Pour la dernière fois , Àrzace , obéissez.

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