‹ ThéatreChapitre 386 sur 520 · CATILINA , CÉTHÉGUS · texte numérisé non relu

CATILINA , CÉTHÉGUS

CÉTHÉGUS

Tandis que tout s'apprête , et que ta main hardie Va de Rome et du monde allumer l'incendie , Tandis que ton armée approche de ces lieux , Sais-tu ce qui se passe en ces murs odieux ?

CATILINA

Je sais que d'un consul la sombre défiance Se livre à des terreurs qu'il appelle prudence ; Sur le vaisseau public ce pilote égaré Présente à tous les vents un flanc mal assuré; Il s'agite au hasard , à l'orage il s'apprête, Sans savoir seulement d'où viendra la tempête. Ne crains rien du sénat : ce corps faible et jaloux Avec joie en secret l'abandonne à nos coups. Ce sénat divisé , ce monstre à tant de têtes , Si fier de sa noblesse , et plus de ses conquêtes, Voit avec \fis transports de l'indignation. Les souverains des rois respecter Cicéron. César n'est point à lui, Crassus le sacrifie. J'attends tout de ma main , j'attends tout de l'envie. C'est un homme expirant qu'on voit d'un faible effort Se débattre et tomber dans les bras de la mort.

CÉTHÉGUS

11 a des envieux, mais il parle, il entraîne; Il réveille la gloire, il subjugue la haine; 11 domine au sénat.

CATILINA

Je le brave on tous lieux;

ACIE 11, SCÈNE 1. j05

.i'fiiteiuls avec mépris ses cris injurieux :

Qu'il déclame à sou gré jusqu'à sa dernière heure ,

Qu'il triomplie en parlant , f|u'on l'admiie, et qu'il meure.

De plus cruels soucis, des chagrins plus pressants,

Occupent mon courage , et régnent sur mes sens.

CÉTHÉGLS.

Que dis-tu? qui t'arrête en ta noble carrière? Quand Tadresse et la force ont ouvert la barrière , Que crains-tu?

CATILIXA.

Ce n'est pas mes nombreux, ennemis ; Mon parti seul m'alarme , et je crains mes amis , De Lentulus-Sura l'ambition jalouse, Le grand cœur de César, et surtout mon épouse.

CIÎTUÉGLS.

Ton épouse? tu crains une femme et des pleurs? Laisse-lui ses remords , laisse-lui ses terreurs. Tu l'aimes , mais en maître , et son amour docile Est de tes grands desseins un instrument utile.

CATILINA

Je vois qu'il peut enfin devenir dangereux.

Rome, un époux, un fils, partagent trop ses vo'ux.

O Rome ! ô nom fatal 1 ô liberté chérie !

Quoi! dans ma maison même on parle de patrie!

Je veux qu'avant le temps fixé pour le combat ,

Tandis que nous allons éblouir le sénat ,

Ma femme , avec mon fils, de ces lieux enlevée ,

Abandonne une ville aux llammes réservée;

Qu'elle parte, en un mot. Nos femmes, nos enfants,

Ne doivent point troubler ces terribles moments.

Mais César !

CÉTUÉGUS.

Que veux-tu ? Si par ton artifice Tu ne peux réussir à l'en faire un complice, Dans le rang des proscrits faut-il placer s )n nom ? Faut-il confondre enfin César et Cicéron '.'

CATILIXA.

C'est là ce qui m'occupe ; et s'il faut qu'il périsse, i

Je me sens étonné de ce grand sacrifice.

Il semble qu'en secret, respectant son destin ,

Je révère dans lui l'honneur du nom romain.

VOLTAIRE. TIllÎMT.i:- 43\

50C HOMt i^AUVÉE.

MaisSura vieiidra-t'il?

CÉTHÉGUS

Compte sur sou audace.

Tu sais comme, ébloui des grandeurs de sa race, A partager ton règne il se croit destiné.

CATILINA

Qu'à cet espoir trompeur ii reste abandonné. Tu vois avec quel art il faut que je ménage L'orgjieil présomptueux de cet esprit sauvage , Ses chagrins inquiets, ses soupçons , son courroux. ,Sais-tu que de César il ose être jaloux ? Enfin j'ai des amis moins aisés à conduire Que Rome et Cicéron ne coûtent à détruire. O d'un chef de parti dur et pénible emploi !

CtïnÉGLS.

Le soupçonneux Sura s avance ici vers toi.

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