CATILINA, CÉSAR
CATILINA
Eh bien ! César, eh bien ! toi de qui la fortune
Dès le temps de Sylla me fut toujours commune,
Toi dont j'ai présagé les éclatants destins ,
Toi né pour être un jour le premier des Romains ,
N'es-tu donc aujourd'hui que le premier esclave
Du fameux plébéien qui t'irrite et te brave ?
Tu le hais, je le sais, et ton œil pénétrant
Voit pour s'en affranchir ce que Rome entreprend ;
Et tu balancerais , et ton ardent courage
Craindrait de nous aider à sortir d'esclavage!
Des destins de la terre il s'agit aujourd'hui ,
Et César souffrirait qu'on les changeât sans lui!
Quoi! n'es-tu plus jaloux du nom du grand Pompée;
Ta haine pour Caton s'est-elle dissipée ?
]N"es-tu pas indigné de servir les autels,
Quand Cicéron préside au destin des mortels ,
Quand l'obscur habitant des rives du Fibrène
Siège au-dessus de toi sur la pourpre romaine?
Souffriras-tu longtemps tous ces rois fastueux ,
Cet heureux LucuUus, brigand voluptueux ,
Fatigué de sa gloire , énervé de mollesse ;
Un Crassus étonné de sa propre richesse.
Dont l'opulence avide , osant nous insulter,
Asservirait l'État, s'il daignait l'acheter?
Ah! de quelque côté que tu jettes la vue.
Vois Rome turbulente, ou Rome corrompue;
Vois ces lâches vainqueurs , en proie aux factions,
Disputer, dévorer le sang des nations.
Le monde entier t'appelle , et tu restes paisible !
Veux-tu laisser languir ce courage invincible?
De Rome qui te parle as-tu quelque pitié?
César est-il fidèle à ma tendre amitié?
CÉSAR
Oui , si dans le sénat on to fait injustice ,