ACTE 1, SCENE II. ial
Où de tous les humains le plus grand , le plus juste , D'un front majestueux attendait le trépas. La reine évanouie était entre ses bras. De leurs nombreux enfants ceux en qui le courage Commençait vainement à croître avec leur âge, Et qui pouvaient mourir les armes à la mam , Étaient déjà tombés sous le fer inhumain. 11 restait près de lui ceux dont la tendre enfance N'avait ipie la faiblesse et des pleurs pour défense ; On les voyait encore autour de lui pressés , Tremblants à ses gonon\ qu'ils tenaient embrassés. J'entre par des détours inconnus au vulgaire; J'approche en frémissant de ce malheureux père; Je vois ces vils humains , ces monstres des déserts , A notre auguste maître osant donner des fers , Traîner dans son palais , d'une main sanguinaire , Le père, les enfants, et leur mourante mère.
IDAMÉ
C'est donc là leur destin! Quel changement , ô cieux I
ZAMTI.
Ce prince infortuné tourne vers moi les yeux ;
11 m'appelle , il me dit , dans la langue sacrée
Du conquérant tartare et du peuple ignorée :
<c Conserve au moins le jour au dernier de mes (ils ! "
Jugez si mes serments et^mon cœur l'ont promis;
Jugez de mon devoir quelle est la voix pressante
J'ai senti ranimer ma force languissante ;
J'ai revolé vers vous. Les ravisseurs sanglants
Ont laissé le passage à mes pas chancelants ;
Soit que, dans les fureurs de leur horrible joie,
Au pillage acharnés , occupés de leur proie,
Leur superbe mépris ait détourné les yeux;
Soit que cet ornement d'un ministre des cieux ,
Ce symbole sacré du grand dieu <[ue j'adore,
A la férocité puisse imposer encore;
Soit qu'enlin ce grand dieu , dans ses profonds desseins
Pour sauver cet enfant qu'il a mis dans mes mains,
Sur leurs yeux vigilants répandant un nuage.
Ait égaré leur vue, ou suspendu leur rage.
IDÀliÉ.
Seigneur, il serait temps encor de le sauver :
Qu'il parte avec mon fils ; je les puis enlever : Ne désespérons point, et préparons leur fuite; De notre prompt départ qu'Étan ait la conduite. Allons vers la Corée , au rivage des mers , Aux lieux où l'Océan ceint ce triste univers. La terre a des déserts et des antres sauvages ; Portons-y ces enfants, tandis que les ravages N'inondent point encor ces asiles sacrés , Éloignés du vainqueur, et peut-être ignorés. Allons : le temps est cher, et la plainte inutile.
ZAMTI.
Hélas ! le fils des rois n'a pas même un asile ! J'attends les Coréens; ils viendront, mais trop tard Cependant la mort vole au pied de ce rempart. Saisissons , s'il se peut , le moment favorable De mettre en sûreté ce gage inviolable.