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ACTE II, SCÈNE III. S6l

Grâces à mon amour, inquiète , troublée ,

A ce fatal berceau l'instinct m'a rappelée.

J*ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs;

Mes mains l'ont arraché des mains des ravisseurs,

Barbare , ils n'ont point eu ta fermeté cruelle ;

J'en ai chargé soudain cette esclave fidèle

Qui soutient de son lait ses misérables jours ,

Ces jours qui périssaient sans moi , sans mon secours;

J'ai conservé le sang du fils et de la mère.

Et j'ose dire encor de son malheureux père.

ZAMTI.

Quoi ! mon fils est vivant !

IDAMÉ

Oui , rends grâces au ciel , Malgré toi favorable à ton cœur paternel. Repens-toi.

ZAMTI.

Dieux des cieux , pardonnez cette joie Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie I 0 ma chère Idamé î ces moments seront courts : Vainement de mon fils vous prolongiez les jours , Vainement vous cachiez cette fatale offrande : Si nous ne donnons pas le sang qu'on nous demande , Nos tyrans soupçonneux seront bientôt \ engés ; Nos citoyens tremblants , avec nous égorgés , Vont payer de vos soins les efforts inutiles ; De soldats entourés , nous n'avons plus d'asiles ; Et mon fils, qu'au trépas vous croyez arracher, A l'œil qui le poursuit ne peut plus se cacher. Il faut subir son sort.

IDAMÉ

Ah! cher époux, demeure :

Écoute-moi du moins.

Hélas !... il faut qu'il meure.

IDAMÉ

Qu'il meure! Arrête, Iremble, et crains mon désespoir; Crains sa mère.

ZAMTI.

Je crains de trahir mon devoir.

Abandonnez le vôtre , abandonnez ma vie

Aux détestables mains d'un conquérant impie. C'est mon sang qu'à Gcngis il vous faut demander. Allez, il n'aura pas de peine à l'accorder. Dans le sang d'un époux trempez vos mains perfides ; Allez : ce jour n'est fait que pour des parricides. Rendez vains mes serments, sacrifiez nos lois, Immolez votre époux . et le sang de vos rois.

IDAMÉ

De mes rois! Va , te dis-je, ils n'ont rien à prétendre;

Je ne dois pas mon sang en tribut à leur cendre :

Va, le nom de sujet n'est pas plus saint pour nous

Que ces noms si sacrés et de père et d'époux.

La nature et l'hymen, voilà les lois premières,

Les devoirs, les liens des nations entières;

Ces lois viennent des dieux ; le reste est des humains.

Ne me fais point haïr le sang des souverains :

Oui, sauvons l'orpheUn d'un vainqueur homicide ;

Mais ne le sauvons pas au prix d'un parricide;

Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours!

Loin de l'abandonner, je vole à son secours;

Je prends pitié de lui ; prends pitié de toi-même ,

De ton fils innocent, de sa mère qui t'aime.

Je ne menace plus , je tombe à tes genoux.

0 père infortuné, cher et cruel époux,

Pour qui j'ai méprisé (tu t'en souviens peut-être)

Ce mortel qu'aujourd'hui le sort a fait ton maître,

Accorde-moi mon fils , accorde-moi ce sang

Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ,

Et ne résiste point au cri terrible et tendre

Qu'à tes sens désolés l'amour a fait entendre.

Z\MTI.

Ah I c'est trop abuser du charme et du pouvoir Dont la nature et vous combattez mon devoir. Trop faible épouse, hélas ! si vous pouviez connaître..,

IDAMÉ

Je suis faible, oui , pardonne; une mère doit l'être. Je n'aurai point de toi ce reproche à souffrir Quand il faudra te suivre , et qu'il faudra mourir. Cher époux , si tu peux au vainqueur sanguinaire , A la place du fils, sacrifier la mère , Je suis prête : Idamé ne se plaindra de rien ;

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