‹ ThéatreChapitre 436 sur 520 · SCÈNE IIÏ · texte numérisé non relu

SCÈNE IIÏ

ZAMTI, IDAMÉ.

IDAMÉ

Qu.'ai-jc vu? qu'a-t-on fait? Barbare, est-il possible? L'avez-vous commandé ce sacrifice horrible? Non , je ne puis le croire ; et le ciel irrité

N'a pas dans votre sein mis tant de cruauté. Non , vous ne serez point plus dur et plus barbare Que la loi du vainqueur^ et le fer du Tartare. Vous pleurez, malheureux !

ZAMTI.

Ah ! pleurez avec moi ; Mais avec moi songez à sauver votre roi.

IDAMÉ

Que j'immole mon fils!

ZAMTI.

Telle est notre misère :

Vous êtes citoyenne avant que d'être mère.

IDAMÉ

Quoi ! sur toi la nature a si peu de pouvoir !

ZAMTI,

Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir; Et je dois plus au sang de mon malheureux maître , Qu'à cet enfant obscur à qui j'ai donné l'être.

IDAMÉ

Non , je ne connais pas cette horrible vertu.

J'ai vu nos murs en cendre, et ce trône abattu ;

J'ai pleuré de nos rois les disgrâces affreuses.

Mais par quelles fureurs , encor plus douloureuses,

Veux-tu , de ton épouse avançant le trépas,

Livrer le sang d'un fils qu'on ne demande pas?

Ces rois ensevelis , disparus dans la poudre ,

Sont-ils pour toi des dieux dont tu craignes la foudre?

A ces dieux impuissants, dans la tombe endormis.

As-tu fait le serment d'assassiner ton fils ?

Hélas ! grands et petits , et sujets , et monarques ,

Distingués un moment par de frivoles marques ,

Égaux par la nature , égaux par le malheur.

Tout mortel est chargé de sa propre douleur ;

Sa peine lui suffit, et, dans ce grand naufrage ,

Rassembler nos débris, voilà notre partage.

Où serais-je , grand dieu, si ma crédulité

Eût tombé dans le piège à mes pas présenté ?

Auprès du fils des rois si j'étais demeurée,

La victime aux bourreaux allait être livrée ,

Je cessais d'être mère , et le même couteau

Sur le corps de mon fils me plongeait au tombeau.

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