ACTE IV, SCÈNE IL
L'un voit péiùr son fils sans crainte et sans raurmuro,-
L'autre , pour son époux , est prùte à s'immoler ;
Rien ne peut les fléchir, rien ne les fait trembler.
Que dis-je? si j'arrête une vue attentive
Sur cette nation désolée et captive,
Malgré moi je l'admire en lui donnant des fers :
Je vois que ses travaux ont instruit l'univers;
Je vois un peuple antique , induslrieux , immense.
Ses rois sur la sagesse ont fondé leur puissance,
De leurs voisins soumis heureux législateurs ,
Gouvernant sans conquête , et régnant par les mœurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage ;
Nos arts sont les combats, détruire est notre ouvrage.
Ah ! de quoi m'ont servi tant de succès divers?
Quel Iruit me revient-il des pleurs de l'univers ?
Nous rougissons de sang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il est une autre gloire :
Mon cœur est en secret jaloux de leurs vertus;
Et, vainqueur, je voudrais égaler les vaincus.
OCTAR.
Pouvez-vous de ce peuple admirer la faiblesse ?
Quel mérite ont les arts , enfants de la mollesse ,
Qui n'ont pu les sauver des fers et de la mort?
Le faible est destiné pour servir le plus fort ;
Tout cède sur la terre aux travaux , au courage ;
Mais c'est vous qui cédez, qui souffrez un outrage.
Vous qui tendez les mains , malgré votre coi^rroux ,
A je ne sais (juels fers inconnus parmi nous ;
Vous qui vous exposez à la plainte importune
De ceux dont lu valeur a fait votr(; fortune.
Ces braves compagnons de vos travaux passés
Verront-ils tant d'honneurs par l'amour effacés?
Leur grand cœur s'en indigne, et leurs fronts en rougissent.
Leurs clameurs jusqu'à vous par ma Yoi\ retentissent;
Je vous parle en leur nom comme au nom de l'État.
Excusez un Tartare, excusez un soldat
Blanchi sous le harnois et dans votre service.
Qui ne peut supporter un amoureux capiice,
Et qui montre la gloire à vos yeux éblouis.
GENGI8.
Que l'on cherche Idamé.
OCTAR.
Vous voulez...
GfiNGIS.
Obéis.
De ton zèle hardi réprime la rudesse ; Je veux que mes sujets respectent ma faiblesse.
GENOIS.
A mon sort à la fin je ne puis résister;
Le ciel me la destine , il n'en faut point douter.
Qu'ai-je fait, après tout, dans ma grandeur suprême?
J'ai fait des malheureux , et je le suis moi-même ;
Et , de tous ces mortels attachés à mon rang,
Avides de combats , prodigues de leur sang,
Un seul a-til jamais , arrêtant ma pensée ,
Dissipé les chagrins de mon âme oppressée ?
Tant d'États subjugués ont-ils rempli mon cœur.?
Ce cœur, lassé de tout , demandait une erreur
Qui pût de mes ennuis chasser la nuit profonde ,
Et qui me consolât sur le trône du monde.
Par ses tristes conseils Octar m'a révolté :
Je ne vois près de moi qu'un tas ensanglanté
De monstres affamés et d'assassins sauvages ,
Disciplinés au meurtre et formés aux ravages ;
Us sont nés pour la guerre , et non pas pour ma cour ;
Je les prends en horreur, en connaissant l'amour :
Qu'ils combattent sous moi, qu'ils meurent à ma sulLe :
Mais qu'ils n'osent jamais juger de ma conduite.
Idamé ne vient point... C'est elle , je la voi.