ACTE IV, SCÈNE VI. 5S
Il sentit le premier le pouvoir de vos yeux. Son amour autrefois fut pur et légitime.
IDAMÉ
Arrête! il ne l'est plus; y penser est un crime. SCÈNE VI.
ZAMTI, IDAMÉ, ASSÉLI.
IDAMÉ
Ah! dans ton infortune, et dans mon désespoir , Suis-je encor ton épouse, et peux-tu me revoir?
On le veut : du tyran tel est l'ordre funeste; Je dois à ses fureurs ce moment qui me reste.
IDAMÉ
On t'a dit à quel prix ce tyran daigne enfin Sauver tes tristes jours , et ceux de l'orphelin ?
ZAMTI.
Ne parlons pas des miens , laissons notre infortune.
Un citoyen n'est rien dans la perte commune;
Il doit s'anéantir. Idamé , souviens-toi
Que mon devoir unique est de sauver mon roi :
Nous lui devions nos jours , nos services , notre être ,
Tout, jusqu'au sang d'un (ils qui naquit pour son maître.
Mais l'honneur est un bien que nous ne devons pas.
Cependant l'orphelin n'attend que le trépas;
Mes soins l'ont enfermé dans ces asiles sombres
Où des rois ses aïeux on révère les ombres;
La mort , si nous tardons, l'y dévore avec eux.
En vain des Coréens le prince généreux
Attend ce cher dépôt que lui promit mon zèle.
Étan, de son salut ce ministre fidèle,
Étan , ainsi que moi , se voit chargé de fers.
Toi seule à l'orphelin restes dans l'univers ;
C'est à toi maintenant de conserver sa vie ,
Et ton fils, et ta gloire à mon honneur imie.
IDAMÉ
Ordonne; que veux-tu ? que faut-il.'
ZAMTI.
M'oublier, Vivre pour ton pays , lui tout sacrifier.
]Ma mort , en éteignant les flambeaux d'iiyménée ,
Est un arrêt des deux qui fait ta destinée.
Il n'est plus d'autres soins ni d'autres lois pour nov? ;
L'honneur d'être fidèle aux cendres d'un époux
Se saurait balancer une gloire plus belle.
C'est au prince, à l'État , qu'il faut êlretidèle.
r.emplis'sons de nos rois les ordres absolus;
Je leur donnai mon (ils , je leur donne encor plus.
Libre par mon trépas, enchaîne ce Tartare;
Éteins sur mon tombeau les (oudres du barbare.
Je commence à sentir la mort a\ec horreur,
Quand ma mort t'abandonne à cet usurpateur;
Je fais eu frémissant ce sacrilice im[)ie :
Mais mon devoir l'épure, et mon trépas l'expie;
11 était nécessaire autant qu'il est aftreux.
Idamé, sers de mère à ton roi malheureux ;
Règne, que ton roi vive, et que ton époux meure :
Règne, dis-je, à ce prix ; oui, je le veux...
IDAMÉ
Demeure.
Me connais-tu? veux-tu que ce funeste rang Soit le prix de ma honte, et le i)tix de ton sang? Penses-tu que je sois moins épouse que mère? Tu t'abuses, cruel, et ta vertu sévère A commis contre loi deux crimes en un jour. Qui font fiemir tous deux la nature et l'amour. Barbare envers ton fds, et plus envers moi-même, Ne te souvient-il plus qui je suis , et qui t'aiuie? Crois-moi ; dans nos malheurs il est un sort plus beau, Un plus noble chemin pour descendre au tombeau. Soit amour, soit mépris, le tyran qui m'offense, Sur moi , sur mes desseins , n'est pas en déliance : Dans ces remparts fumants , et de sang abreuvés , Je suis libre, et mes pas ne sont point observés; Le chef des Coréens s'ouvre un secret passage , Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage A l'œil qui le poursuit fut caché par les mains : De ces tombeaux sacrés je sais tous les chemins; Je cours y ranimer sa languissante vie. Le rendre aux défenseurs armés pour la patrie, Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux ,