‹ ThéatreChapitre 479 sur 520 · ACTE I, SCENE IV. oU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. oU

Ma mère avait pensé qu'il pouvait être encore L'appui de Syracuse et le vainquetrr du Maure; Et lorsque dans ces lieux des citoyens ingrats Pour ce fier Orbassan contre vous s'animèrent , Qu'ils ravirent vos biens, et quMs vous opprimèrent, Tancrède aurait pour vous affronté le trépas. C'est tout ce que j'ai su.

AUGIKE.

Cest trop, Amenaide :

Rendez- vous aux conseils d'un père qui vous guide;

Conformez- vous au temps, conformez-vous aux lieu\.

Solamir, et Tancrède, et la cour de Byzance,

Sont tous également en horreur à nos yeux.

Votre bonlieur dépend de votre complaisance.

J'ai pendant soixante ans combattu pour l'Etat;

Je le servis injuste , et le chéris ingrat :

Je dois penser ainsi jusqu'à ma dernière heure.

Prenez mes sentiments; et, devant que je meure, Consolez mes vieux ans, dont vous faites l'espoir. Je suis prêt à finir une vie orageuse : La vôtre doit couler sous le* lois du devoir ; Et je mouirai content si vous vivez heureuse.

Ail É> AIDE.

Ah, seigneur! croyez-moi, pariez moins de bonheur. Je ne regrette point la cour d'un empereur. Je vous ai consacré mes sentiments , ma vie; Mais, pour en disposer , attendez quelques jours. Au crédit d'Orbassan trop d'intérêt vous lie : Ce crédit si vanté doit-il durer toujours ? Il peut tomber; tout change , et ce héros peut-être S'est trop tôt déclaré votre gendre et mon maître.

ARGIRE.

Comment? que dites-vous?

AMÉNAÏDE

Cette témérité Est peu respectueuse, et vous semble ime injure. Je sais que dans les cours mon sexe plus flatté Dans votre république a moins de liberté : A Byzance on le sert; ici la loi plus dure Veut (le l'obéissance , et défend le murmure. Les musulmans ailiers, trop longtemps vos vainqueurs,

612 TAINCREDE.

Ont changé la Sicile, ont endurci vos mœurs : Mais qui peut altérer vos bontés paternelles?

ARGIRË.

Vous seule j vous , ma fille , en abusant trop d'elles. De tout ce que j'entends mon esprit est confus : J'ai permis vos délais, mais non pas vos refus. La loi ne peut plus rompre un nœud si légitime : La parole est donnée ; y manquer est un crime. Vous me l'avez bien dit, je suis né malheureux : Jamais aucun succès n'a couronné mes vœux. Tous les jours de ma vie ont été des orages. Dieu puissant, détournez ces funestes présages! Et puisse Aménaïde , eu formant ces liens, Se préparer des jours moins tristes que les miens !

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