‹ ThéatreChapitre 483 sur 520 · ACTE II, SCENE I. S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. S

Que Taucrèdeen secret a revu la Sicile;

C'est lui par qui le ciel veut changer mes destins.

Ma lettre, par ses soins, remise aux mains d'un Maure,

Dans Messine demain doit être avant l'aurore.

Des Maures et des Grecs les besoins mutuels

Ont toujours conservé, dans cette longue guerre,

Une correspondance à tous deux nécessaire ;

Tant la nature unit les malheureux mortels !

FANIE.

Ce pas est dangereux ; mais le nom de Tancrède , Ce nom si redoutable , à qui tout autre cède , Et qu'ici nos tyrans ont toujours en horreur , Ce beau nom que l'amour grava dans votre creur , N'est point dans cette lettre à Tancrède adressée. Si vous l'avez toujours présent à la pensée , Vous avez su du moins le taire en écrivant. Au camp des Sarrasins votre lettre portée Vainement serait lue, ou serait arrêtée. Enfin, jamais l'amour ne fut moins imprudent. Ne sut mieux se voiler dans l'ombre du mystère, Et ne fut plus hardi sans être téméraire. Je ne puis cependant vous cacher mon effroi.

Le ciel jusqu'à présent semble veiller sur moi ; Il ramène Tancrède , et tu veux que je tremble.^

FAME

Hélas! qu'en d'autres lieux sa bonté vous rassemble La haine et l'intérêt s'arment trop contre lui : Tout son parti se lait ; qui sera son appui ?

AMENAI UE

Sa gloire. Qu'il se montre , il deviendra le maître. Un héros qu'on opprime attendrit tous les cœurs; 11 les anime tous quand il vient à paraître.

FANIE.

Son rival est à craindre.

AMÉNAÏDE

Ah ! combats ces terreurs , Et ne m'en donne point- Souviens-toi que ma mère Nous unit l'un et l'autre à ses derniers moments; Que Tancrède est à moi ; qu'aucune loi contraire We peut rien sur nos vcmix et sur nos sentiments.

616 TANCRÈDE

Hélas ! nous regrettions cette île si funeste ,

Dans le sein de la gloire et des murs des Césars ;

Vers ces champs trop aimés, qu'aujourd'hui je déteste,

Nous tournions tristement nos avides regards .

J'étais loin de penser que le sort qui m'obsède

Me gardât pour époux l'oppresseur de Tancrède,

Et que j'aurais pour dot l'exécrable présent

Des biens qu'un ravisseur enlève à mon amant. •

11 faut l'instruire au moins d'une telle injustice ;

Qu'il apprenne de moi sa perte- et mon supplice;

Qu'il hâte son retour et défende ses droits.

Pour venger un héros je fais ce que je dois.

Ah ! si je le pouvais , j'en ferais davantage.

J'aime , je crains un père , et respecte son âge ;

Mais je voudrais armer nos peuples soulevés

Contre cet Orbassan qui nous a captivés.

D'un brave chevalier sa conduite est indigne :

Intéressé , cruel , il prétend à l'honneur !

11 croit d'un peuple libre être le protecteur !

Il ordonne ma honte , et mon père la signe !

Et je dois la subir , et je dois me livrer

Au maître impérieux qui pense m'honorer !

Hélas ! dans Syracuse on hait la tyrannie ;

Mais la plus exécrable et la plus impunie

Est celle qui commande et la haine et l'amour,

Et qui veut nous forcer de changer en un jour.

Le sort en est jeté.

FANIE.

Vous aviez paru craindre.

Je ne crains plus.

FANIE.

On dit qu'un arrêt redouté Contre Tancrède môme est aujourd'hui porté : 11 y va de la vie à qui le veut enfreindre.

AMÉNAÏDE-

Je le sais ; mon esprit en fut épouvanté : Mais l'amour est bien faible alors qu'il est timide. J'adore , tu le sais , un héros intrépide ; Comme lui je dois l'être.

FANIE.

Une loi de rigueur

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