‹ ThéatreChapitre 49 sur 520 · ACTE 1, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE

Aveugle dans sa liaine , aveugle en son amour, Qui menace et qui craint , règne et sert en un jour; Dont l'audace...

Arrêtez ! sachez qu'il faut qu'on nomme Avec plus de respect les citoyens de Rome. La gloire du sénat est de représenter Ce peuple vertueux que l'on ose insulter. Quittez l'art avec nous ; quittez la flatterie : Ce poison qu'on prépare à la cour d'Étrurie N'est point encor connu dans le sénat romain. Poursuivez.

A.RONS

Moins piqué d'un discours si hautain Que touché des malheurs où cet État s'expose, Comme un de ses enfants j'embrasse ici sa cause.

Vous voyez quel orage éclate autour de vous; C'est en vain que Titus en détourna les coups : Je vois avec regret sa valeur et son zèle N'assurer aux Romains qu'une chute plus belle. Sa victoire affaiblit vos remparts désolés; Du sang qui les inonde ils semblent ébranlés. Ah : ne refusez plus une paix nécessaire ! Si du peuple romain le sénat est le père, Porsenna l'est des rois que vous persécutez.

Mais vous, du nom romain vengeurs si redoutés. Vous, des droits des mortels éclairés interprètes. Vous qui jugez les rois , regardez où vous êtes. Voici ce Capitole et ces mêmes autels Où jadis, attestant tous les dieux immortels. J'ai vu chacun de vous , brûlant d'un autre zèle, A Tarquin votre roi jurer d'être fidèle. Quels dieux ont donc changé les droits des souverains? Quel pouvoir a rompu des nœuds jadis si saints ? Qui du front de Tarquin ravit le diadème? ^ui peut de vos serments vous dégager?

BRUTCS.

Lui-même.

N'alléguez point ces nœuds que le crime a rompus, 3es dieux ([u'il outragea, ces droits qu'il a perdus. Sous avons fait, Arons, en lui rendant hommage.

Scnncnt d'obéissance , et non point d'esclavage ;

Et, puisqu'il vous souvient d'avoir vu dans ces lieux

Le sénat à ses pieds faisant pour lui des vœux,

Songez qu'eii ce lieu même, à cet autel auguste,

Devant ces mêmes dieux, il jura d'être juste.

De son peuple et de lui tel était le lien :

Il nous rend nos serments lorsqu'il trahit le sien;

Et , dès qu'aux lois de Rome il ose être infidèle,

Rome n'est plus sujette , et lui seul est rebelle.

ARONS

Ah ! quand il serait vrai que l'absolu pouvoir

Eût entraîné Tarquin par delà son devoir.

Qu'il en eût trop suivi l'amorce enchanteresse,

Quel homme est sans erreur, et quel roi sans faiblesse.^

Est-ce à vous de prétendre au droit de le punir ,

Vous, nés tous ses sujets; vous , faits pour obéir .^

Un fils ne s'arme point contre un coupable père ;

Il détourne les yeux, le plaint, et le révère.

Les droits des souverains sont-ils moins précieux?

Nous sommes leurs enfants ; leurs juges sont les dieux.

Si le ciel quelquefois les donne en sa colère ,

jN'allez pas mériter un présent plus sévère,

Trahir toutes les lois en voulant les venger,

Et renverser l'État au lieu de le changer.

Instruit par le malheur, ce grand maître de l'homme,

Tarquin sera plus juste et plus digne de Rome.

Vous pouvez raffermir, par un accord heureux.

Des peuples et des rois les légitimes nœuds.

Et faire encor fleurir la liberté publique

Sous l'ombrage sacré du pouNoir monarchique.

Arons , il n'est plus temps : chaque État a ses lois , Qu'il tient de sa nature, ou qu'il change à son choix. Esclaves de leurs rois , et même de leurs prêtres , Les Toscans semblent nés pour servir sous des maîtres. Et, de leur chaîne antique adorateurs heureux, Voudraient que l'univers fût esclave comme eux. La Grèce entière est libre, et la molle lonie Sous un joug odieux languit assujettie.

Rome eut ses souverains, mais jamais absolus. Son premier citoyen fut le grand Romulus;

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