ACTE 1, SCÈNE II
Nous paitagioiis le poids de sa grandeur suprême, rsuma, qui fit nos lois , y fut soumis lui-même. Rome enfin , je l'avoue , a fait uri mauvais choix : Ciiez les Toscans, chez vous, elle a choisi ses rois; ils nous ont apporté du fond del'Étrurie Les vices de leur cour, avec la tyrannie.
(Il se lève.) Pardonnez-nous , grands dieux , si le peuple romain A tardé si longtemps à condamner Tarquin ! Le sang qui regorgea sous ses mains meurtrières De notre obéissance a rompu les barrières. Sous un sceptre de fer tout ce peuple abattu A force de malheurs a repris sa vertu. Tarquin nous a remis dans nos droits légitimes ; Le bien public est né de l'excès de ses crimes; Et nous donnons l'exemple à ces mêmes Toscans , S'ils pouvaient à leur tour être las des tyrans.
(Les consuls descendent vers l'autel, et le sénat se lève.)
0 Mars ! dieu des héros, de Rome et des batailles, • Qui combats avec nous, qui défends ces murailles, Sur ton autel sacré, Mars, reçois nos serments Pour ce sénat , pour moi , pour tes dignes enfants. Si dans le sein de Rome il se trouvait un traître Qui regrellàtlesroiset qui voulût un maître. Que le perfide meure au milieu des tourments! Que sa cendre coupable, abandonnée aux vents, Ne laisse ici qu'un nom i)lns odieux encore Que le nom des tyrans que Rome entière abhorre !
ARONS, a'vancant vers l'autel.
Et moi , sur cet autel qu'ainsi vous profanez, Je jure, au nom du roi que vous abandonnez, AU nom de Porsenna, vengeur de sa querelle, A vous, à vos enfants, une guerre immortelle. (Les sénateurs l'ont un pas vers le Capiloie.) Sénateurs , arrêtez ! ne vous séparez pas ; Je ne me suis pas plaint de tous vos attentats. La fille de Tanpiiu , dans vos mains demeurée. Est-elle une victime à Rome consacrée.^ Et donnez-vous des fers à ses royales mains Pour mieux braver son père et tous les souverains.' Que dis-je! tons ces biens, ces trésors, ces richesses,
Que des Tarquiiis dans Rome épuisaient les largesses , Sont-ils votre conquête, ou vous sont-ils donnés? Est-ce pour les ravir que vous le détrônez? Sénat, si vousl'osez, que Brutus les dénie.
BRUTUS , se tournant vers Arons.
Vous connaissez bien mal et Rome et son génie. Ces pères des Romains, vengeurs de l'équité, Ont blanchi dans la pourpre et dans la pauvreté ; Au-dessus des trésors , que sans peine ils vous cèdent , Leur gloire est de dompter les rois qui les possèdent. Prenez cet or, Arons; il est vil à nos yeux. Quant au malheureux sang d un tyran odieux, Malgré la juste horreur que j'ai pour sa famille, Le sénat à mes soins a confié sa fdle; Elle u'a point ici de ces respects flatteurs Qui des enfants des rois empoisonnent les cœurs; Elle n'a point trouvé la pompe et la mollesse Dont la cour des Tarquins enivra sa jeunesse; Mais je sais ce qu'on doit de bontés et d'honneur A son sexe, à son âge, et surtout au malheur. Dès ce jour, en son camp que Tarquin la revoie; Mon cœur même en conçoit une secrète joie : Qu'aux tyrans désormais rien ne reste en ces lieux Que la haine de Rome et le courroux des dieux. Pour emporter au camp l'or qu'il faut y conduire, Rome vous donne un jour ; ce temps doit vous suffire Ma maison cependant est votre sûreté; Jcuissez-y des droits de l'hospitalité.
Voilà ce que par moi le sénat vous annonce. Ce soir, à Porsenna rapportez ma réponse : Reportez-lui la guerre , et dites à Tarquin Ce que vous avez vu dans le sénat romain.
(Aux sénateurs.) Et nous , du Capitole allons orner le faîte Des lauriers dont mon fils vient de ceindre sa tête; Suspendons ces drapeaux et ces dards tout sanglants Que ses heureuses mains ont ravis aux Toscans. Ainsi puisse toujours, plein du même courage, Mon sang, digne de vous, vous servir d'âge en âge.' Dieux , protégez ainsi contre nos ennemis Le consulat du père et les armes du fils !