ACTE Ht, SCÈNE I
ALDAMON.
Deux ans dans l'Orient sons vous j'ai combattu ; Je vous vis effacer l'éclat de vos ancêtres ; J'admirai d'assez près votre hante vertu : C'est là mon seul mérite. Élevé par mes maîtres, Né dans votre maison, je vous suis asservi. Je dois...
Vous ne devez être que mon ami.
Voilà donc ces remparts que je voulais défendre , Ces murs toujours sacrés pour le cœur le plus tendre, Ces murs qui m'ont vu naître , et dont je suis banni ! Apprends-moi dans quels lieux respire Aménaïde.
ALDAMON.
Dans ce palais antique où son père réside ;
Cette place y conduit : plus loin vous contemplez
Ce tribunal auguste , oîi l'on voit assemblés
Ces vaillants chevaliers , ce sénat intrépide ,
Qui font les lois du peuple, et combattent pour lui.
Et qui vaincraient toujours le musulman perfide,
S'ils ne s'étaient privés de leur plus grand appui.
Voilà leurs boucliers , leurs lances, leurs devises,
Dont la pompe guerrière annonce aux nations
La splendeur de leurs faits, leurs nobles entreprises.
Votre nom seul ici manquait à ces grands noms.
TANCRÈDE
Que ce nom soit caché, puisqu'on le persécute; Peut-être en d'autres lieux il est célèbre assez.
(à SCS écuycrs. )
Vous, qu'on suspende ici mes chiffres effacés; Aux fureurs des partis qu'ils ne soient plus en butte ; Que mea armes sans faste, emblème des douleurs , Telles que je les porte au milieu des batailles. Ce simple bouclier, ce casque sans couleurs. Soient attachés sans pompe à ces tristes murailles.
( Les écuycrs stispcndent ses armes aux places vides, au milieu des autres trophées.)
Conservez ma devise, elle est chère à mon cœur; Elle a dans mes combats .soutenu ma vaillance ; Elle a conduit mes pas , et fait mon espérance ; Les mots en sont sacrés; c'est L'amour et Vhonneur.
626 TANCRÈDE
Lorsque les chevaliers' descendront dans la place, Vous direz qu'un guerrier, qui veut être inconnu , Pour les suivre au combat dans leurs murs est venu Et qu'à les imiter il borne son audace.
(à Aldamon.)
Quel est leur chef, ami?
, ALDAMON.
Ce fut depuis trois ans , Comme vous l'avez su , le i espectable Argire.
TANCRÈDE , à part.
Père d'Aménaïde !...
ALDAMON.
On le vit trop longtemps Succomber au parti dont nous craignons l'empire- 11 reprit à la fin sa juste autorité : On respecte son rang , son nom , sa probité ; Mais l'âge l'affaiblit. Orbassan lui succède.
TANCRÈDE
Orbassan ! l'ennemi , l'oppresseur de Tancrède ! Ami , quel est le bruit répandu dans ces lieux ? Ali ! parle , est-il bien vrai que cet audacieux D'un père trop facile ait surpris la faiblesse , Que sur Améuaide il ait levé les yeux , Qu'il ait osé prétendre à s'unir avec eUe.^
ALDAMON.
Hier confusément j'en appris la nouvelle.
Pour moi, loin de la ville, établi dans ce fort
Où je vous ai reçu , grâce à mon heureux sort ,
A mon poste attaché , j'avouerai que j'ignore
Ce qu'on a fait depuis dans -ces murs que j'abhorre :
On vous y persécute ; ils sont aftreux pour moi.
TANCRÈDE
Cher ami, tout mon cœur s'abandonne à ta foi ; Cours chez Améuaide, et parais devant elle : Dis-lui qu'un inconnu, brûlant du plus beau zèle Pour l'honneur de son sang , pour son auguste nom , Pour les prospérités de sa noble maison , Attaché dès l'enfance à sa mère, à sa race, D'un entretien secret lui demande la grâce.
ALDAMON.
Seigneur, dans sa maison j'eus toujours quelque accèâ;