SCÈNE V
ORBASSAN, ARGIRE, TANCRÈDE, CHEVALIERS, suite ORBASSAN, à Argire.
L'État est en danger, songeons à lui , seigneur. Nous prétendions demain sortir de nos murailles; Nous sommes prévenus. Ceux qui nous ont trahis Sans doute avertissaient nos cruels ennemis. Solamir veut tenter le destin des batailles; Nous marcherons à lui. Vous, si vous m'en croyez. Dérobez à vos yeux un spectacle funeste, Insupportable, horrible à nos sens effrayés.
ARGIRE.
11 suffit , Orbassan ; tout l'espoir qui me reste , C'est d'aller expirer au milieu des combats.
(Montrant Tancrède.)
Ce brave chevalier y guidera mes pas ;
Et, malgré les horreurs dont ma race est flétrie.
Je périrai du moins en servant ma patrie.
ORBASSAN
Des sentiments si grands sont bien dignes de vous. Allez aux musulmans porter vos derniers coups; Mais, avant tout, fuyez cet appareil barbare. Si piHi fait pour vos yeux , et déjà qu'on prépare. On approclKi.
ARCir.E.
Ah ! grand Dieu !
ORBASSAN
Les regards paternels Doivent se détourner de ces objets cruels. Ma place me retient , et mon devoir sévère Veut qu'ici je contienne un i>euple téméraire :
03 4 TANCREDE
L'inexorable loi ne sait rien ménager; Tout horrible qu'elle est, je la dois protéger. 3Iais vous, qui n'avez point cet affreux ministère. Qui peut vous retenir, et qui peut vous forcer A voir couler le sang que la loi va verser ? On vient ; éloignez- vous.
TANCRÈDE , à Argire.
Non , demeurez, mon père.
ORBASSAN
Et qui donc êtes-vous f*
TANCRÈDE
Votre ennemi , seigneur.
L'ami de ce vieillard , peut-être son vengeur. Peut-être autant que vous à l'État nécessaire.