‹ ThéatreChapitre 506 sur 520 · ALD\MOX · texte numérisé non relu

ALD\MOX

Je vois trop à quel point son crime vous irrite ; Mais pour ce crime , enfin , vous avez combattu.

TA>CRÈDE.

Oui , j'ai tout fait pour elle, il est vrai, je l'ai dû.

Je n'ai pu , cher ami , malgré sa perfidie ,

Supporter ni sa mort ni son ignominie ;

Et, l'eussé-je aimé moins, comment l'abandonner?

J'ai dû sauver ses jours , et non lui pardonner.

Qu'elle vive, il suffit , et que Tancrède expire.

Elle regrettera l'amant qu'elle a trahi ,

Le cœur qu'elle a perdu , ce cœur qu'elle déchire...

A quel excès , 6 ciel ! je lui fus asservi !

Pouvais-je craindre , hélas ! de la trouver parjure ?

Je pensais adorer la vertu la plus pure ;

Je croyais les serments, les autels moins sacrés

Qu'une simple promesse, un mot d'Aménaïde...

ALDAMON.

Tout est-il en ces lieux ou barbare ou perfide i'

A la proscription vos jours furent livrés :

La loi vous persécute, et l'amour vous outrage.

Eh bien ! s'il est ainsi, fuyons de ce rivage :

Je vous suis au combat ; je vous suis pour jamais,

Loin de ces murs affreux , trop souillés de forfaits.

TANCRÈDE

Quel charme, dans son crime, à mes esprits rappelle

L'image des vertus que je crus voir en elle ?

Toi qui me fais descendre avec tant de tourment

Dans l'horreur du tombeau dont je t'ai délivrée.

Odieuse coupable... et peut-être adorée!

Toi qui fais mon destin jusqu'au dernier moment;

640 TANCRÈDE

Ah ! s'il était possible , ah ! si tu pouvais être

Ce que mes yeux trompés t'ont vu toujours paraître!

Non , ce n'est qu'en mourant que je puis l'oublier ;

Ma faiblesse est affreuse... Il la faut expier,

Il faut périr... Mourons, sans nous occuper d'elle.

ALDAMON.

Elle vous a paru tantôt moins criminelle. L'jmivers, disiez- vous , au mensonge est livré; La calomnie y règne.

TANCRÈDE

Ah! tout est a^éré.

Tout est approfondi dans cet affreux mystère : Solamir en ces lieux adora ses attraits ; Il demanda sa main pour le prix de la paix. Hélas ! l'eût-il osé , s'il n'avait pas su plaire ? Ils sont d'intelligence. En vain j'ai cru mon cœur. En vain j'avais douté ; je dois en croire un père : Le père le plus tendre est son accusateur : Il condamne sa tille ; elle-même s'accuse; l<:nfin mes yeux l'ont vu, ce billet plein d'horreur : « Puissiez- vous vivre en maître au sein de Syracuse, « Et régner dans nos murs , ainsi que dans mon cœur ! » Mon malheur est certain.

ALDAMON.

Que ce grand cœur l'oublie , Qu'il dédaigne une ingrate à ce point avilie.

TANCRÈDE

Et, pour comble d'horreur, elle a cru s'honorer! Au plus grand des humains elle a cru se livrer ! Que cette idée encor m'accable et m'humilie ! L'Arabe impérieux domine en Italie ; Et le sexe imprudent que tant d'éclat séduit , Ce sexe à l'esclavage en leurs États réduit. Frappé de ce respect que des vainqueurs impriment; Se livre par faiblesse aux maîtres qui l'oppriment ! 11 nous trahit pour eux, nous , son servile appui , Qui vivons à ses pieds, et qui mourons pour lui ! Ma tierté suffirait, dans une telle injure, Pour détester ma vie , et pour fuir la parjure.

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