‹ ThéatreChapitre 517 sur 520 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ARGIRE, AMÉNAIDE, FANIE

FAME

Partagez l'allégresse publique , Jouissez plus que nous de ce prodige unique. Tancrède a combattu ; Tancrède a dissipé Le reste d'une armée au carnage échappé. Solamir est tombé sous cette main terrible , Victime dévouée à notre État vengé , Au bonheur d'un pays qui devient invincible, Surtout à votre nom qu'on avait outragé. La prompte renommée eu répand la nouvelle ; Ce peuple , ivre de joie, et volant après lui, Le nomme son héros, sa gloire, son appui j Parle même du trône où sa vertu l'appelle. Un seul de nos guerriers, seigneur, l'avait suivi; C'est ce même Aldamon qui sous vous a servi. Lui seul a partagé ses exploits incroyables ; Et quand nos chevaliers, dans un danger si grand , Lui sont venus offrir leurs armes secou râbles, Tancrède avait tout fait , il était triomphant. Entendez-vous ces cris qui vantent sa vaillance? On l'élève au-dessus des héros de la France, Des Roland , des Lisois , dont il est descendu. Venez de mille mains couronner sa vertu , Venez voir ce triomphe , et recevoir l'hommage Que vous avez de lui trop longtemps attendu .

652 TANCREDE

Tout vous rit, tout vous sert, tout venge votre outrage; Et Tancrède à vos vœux est pour jamais rendu.

Ah ! je respire enfin ; mon cœur connaît la joie. Ah ! mon père , adorons le ciel , qui me renvoie , Par ces coups inouïs, tout ce que j'ai perdu. De combien de tourments sa bonté nous délivre! Ce n'est qu'en ce moment que je commence à vivre. Mon bonheur est au comble ; hélas ! il m'est bien dû. Je veux tout oublier ; pardonnez-moi mes plaintes , Mes reproches amers , et mes frivoles craintes. Oppresseurs de Tancrède , ennemis , citoyens , Soyez tous à ses pieds ; il va tomber aux miens.

ARGIRE.

Oui , le ciel pour jamais daigne essuyer nos larmes

Je me trompe , ou je vois le fidèle Aldamon ,

Qui suivait seul Tancrède , et secondait ses armes ;

C'est lui , c'est ce guerrier si cher à ma maison.

De nos prospérités la nouvelle est certaine :

Mais d'où vient que vers nous il se traîne avec peine ?

Est-il blessé ? ses yeux annoncent la doulear.

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