‹ ThéatreChapitre 519 sur 520 · ACTE V , SCÈISE V · texte numérisé non relu

ACTE V , SCÈISE V

\LD.VMON.

La lumière éclaire encor ses yeux ; Mais il est expirant d'une atteinte mortelle. Je vous apporte ici de funestes adieux. Cette lettre fatale , et de son sang tracée, Doit vous apprendre, hélas!! sa^dernière pensée. Je m'acquitte en tremblant de cet affreux devoir.

ARGIRE.

0 jour de l'infortune ! ô jour du désespoir! AMÉNAÏDE, revenante elle.

Donnez-moi mon arrêt , il me défend de vivre"; Il m'est cher... O Tancrède! ô maître de mon sort! Ton ordre , quel qu'il soit , est l'ordre de te suivre ; J'obéirai... Donnez votre lettre et la mort.

ALDAMON.

Lisez donc ; pardonnez ce triste ministère.

AMÉNAÏDE

o mes yeux I lirez-vous ce sanglant caractère.' Le pourrai-je.' il le faut... c'est mon dernier effort.

(Elle lit.) « Je ne pouvais survivre à votre perfidie; « Je meurs dans les combats, mais je meurs par vos coup> « J'aurais voulu , cruelle , en m'exposant pour vous, " Vous avoir conservé la gloire avec la vie... » Eh bien , mon père l

(Elle se jette dans les bras de Fanie. ) ARGIRE.

Enfin , les destins désormais Ont assouvi leur haine, ont épuisé leurs traits : Nous voilà maintenant sans espoir et sans crainte. Ton état et le mien lîe permet plus la plainte. Ma chère Aménaide , avant que de quitter Ce jour, ce monde affreux que je dois détester , Que j'apprenne du moins à ma triste patrie Les honneurs qu'on devait à ta vertu trahie ; Que, dans l'horrible excès de ma confusion, J'apprenne à l'univers à respecter ton nom !

AMÉNAÏDE

Eh ! que fait l'univers à ma douleur profonde? Que me fait ma patrie, et le reste du monde? Tancrède meurt.

654 TAKCRÈDE.

ARGIRE.

Je cède aux coups qui m'ont frappé,

AMÉNAÏDE

Tancrède meurt, ô ciel, sans être détrompé I Vous eu ôtes la cause... Ah! devant qu'il expire... Que vois-je? mes tyrans!

LORÉDAN, CHEVALIERS, suite, AMÉNAIDE , ARGIRE, FANIE , ALDAMON ; TANCRÈDE , dans le fond , porté par des soldats.

LORÉDAN

O malheureux Argire !

O fille infortunée ! on conduit devant vous Ce brave chevalier, percé de nobles coups. Il a trop écouté son aveugle furie; Il a voulu mourir , mais il meurt en héros.' De ce sang précieux , versé pour la patrie , Nos secours empressés ont suspendu les flots. Cette âme qu'enflammait un courage intrépide, Semble encor s'arrêter pour voir Aménaïde ; Il la nomme ; les pleurs coulent de tous ies yeux ; Et d'un juste remords je ne puis me défendre.

(Pendant qu'il parle, on approche lentement Tancrède vers Aménaïde, presque évanouie entre les bras de ses femmes; elle se débarrasse précipitamment des femmes qui la soutiennent, et, se retournant avec horreur vers Lorédan, dit :) AMÉNAÏDE.

Barbares, laissez là vos remords odieux.

( Puis courant à Tancrède, et se jetant à ses pieds : ) Tancrède , cher amant , trop cruel et trop tendre , Dans nos derniers instants , hélas ! peux-tu m'entendre ? Tes yeux appesantis peuvent-ils me revoir ? Hélas ! reconnais-moi , connais mon désespoir. Dans le même tombeau souffre au moins ton épouse; C'est là le seul honneur dont mon âme est jalouse. Ce nom sacré m'est dû ; tu me l'avais promis : Ne sois point plus cruel que tous nos ennemis; Honore d'un regard ton épouse fidèle...

( Il la regarde. )

C'est donc là le dernier que tu jettes sur elle l...

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