‹ ThéatreChapitre 54 sur 520 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

(Le théâtre représente ou est suprosé représenter un appartement du palais des consuls. )

TITUS, MESSALA

MESSALA

Non , c'est trop offenser ma sensible amitié;

Qui peut de son secret me cacher la moitié

En dit trop et trop peu , m'offense et me soupçonne.

TITUS

Va, mon cœur à ta foi tout entier s'abandonne; Ne me reproche rien.

MESSALA

Quoi ! vous , dont la douleur Du sénat avec moi détesta la rigueur, Qui versiez dans mon sein ce grand secret de Rome , Ces plaintes d'un héros, ces larmes d'un grand homme, Comment avez- vous pu dévorer si longtemps Une douleur plus tendre et des maux plus touchants? De vos feux devant moi vous étouffiez la flamme. Quoi donc ! l'ambition qui domine en votre âme Éteignait-elle en vous de si chers sentiments? Le sénat a-t-il fait vos plus cruels tourments? Le haissez-vous plus que vous n'aimez Tullie?

TITUS

Ah ! j'aÙTie avec transport , je hais avec furie : Je suis extrême en tout , je l'avoue , et mon cœur Voudrait en tout se vaincre, et connaît son erreur.

MESSALA

Et pourquoi, de vos mains déchirant vos blessures. Déguiser votre amour, et non pas vos injures?

Que veux-tu , Messala? J'ai , malgré mon courroux , Prodigué tout mon sang pour ce sénat jaloux : Tu le sais, ton courage eut part à ma victoire.

84 IBRUTUS.

Je sentais du plaisir à parler de ma gloire; Mon cœur, enorgueilli du succès de mon bras. Trouvait de la grandeur à venger des ingrats; On confie aisément des malheurs qu'on surmonte ; Mais qu'il est accablant de parler de sa honte !

MESSALA

Quelle est donc cette honte et ce grand repentir? Et de quels sentiments auriez-vous à rougir?

TITUS

Je rougis de moi-même et d'un feu téméraire, Inutile, imprudent, à mon devoir contraire.

MESSALA

Quoi donc! l'ambition, l'amour et ses fureurs, Sont-ce des passions indignes des grands cœurs?

TITUS

L'ambition , l'amour, le dépit, tout m'accable; De ce conseil de rois l'orgueil insupportable Méprise ma jeunesse , et me refuse un rang Brigué par ma valeur et payé par mon sang. Au milieu du dépit dont mon âme est saisie, Je perds tout ce que j'aime, on m'enlève ïuUie : On te l'enlève , hélas ! trop aveugle courroux ! Tu n'osais y prétendre , et ton cœur est jaloux. Je l'avouerai, ce feu , que j'avais su contraindre, S'irrite en s'échappant et ne peut plus s'éteindre. Ami , c'en était fait, elle partait ; mon cœur De sa funeste flamme allait être vainqueur; Je rentrais dans mes droits, je sortais d'esclavage : Le ciel a-t-il marque ce terme à mon courage ? Moi , le fils de Brutus; moi , l'ennemi des rois , C'est du sangdeTarquin que j'attendrais des lois! Elle refuse encor de m'en donner, l'ingrate! Et, partout dédaigné, partout ma honte éclate. Le dépit, la vengeance, et la honte, et l'amour. De mes sens soulevés disposent tour à tour.

MESSALA

Puis-je ici vous parler, mais avec confiance?

TITUS

Toujours de tes conseils j'ai chéri la prudence. Eh bien ! fais-moi rougir de mes égarements.

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