‹ ThéatreChapitre 6 sur 520 · ACTE ], SCÈ.\E I · texte numérisé non relu

ACTE ], SCÈ.\E I

En accablant ce peuple, a respecté la reine.

DIMAS

Oui, seigneur, elle vit; mais la contagion Jusqu'au pied de son trône apporte son poison. Chaque instant lui dérobe un serviteur fidèle, Et la mort par degrés semble s'approcher d'elle. On dit qu'enfin le ciel, après tant de courroux. Va retirer son bras appesanti sur nous. Tant de sang , tant de morts , ont dû le satisfaire.

PniLOCTÈTE.

Eh ! quel crime a produit un courroux si sévère?

DIMAS

Depuis la mort du roi...

PIIIL0CTi:TF..

Qu'entends-je? quoi! Laïus...

DIMAS

Seigneur, depuis quatre ans, ce héros ne vit plus,

PHILOCTÈTE

Il ne vit plus ! quel mot a frappé mon oreille ! Quel espoir séduisant dans mon cœur se réveille! Quoi! Jocaste... Les dieux me seraient-ils plus dou\.^ Quoi! Philoctète enfin pourrait-il être à vous? 11 ne vit plus!... quel sort a terminé sa vie?

DIMAS

Quatre ans sont écoulés depuis qu'en Béotie Pour la dernière fois le sort guida vos pas. A peine vous quittiez le sein de vos États , A peine vous preniez le chemin de l'Asie, Loi-sque, d'un coup perfide, une main ennemie Ravit à ses sujets ce prince infortuné.

PIIILOCTIiTE.

Quoi ! Dimas , votre maître est mort assassiné !

DIMAS

Ce fut de nos malheurs la première origine;

Ce crime a de l'empire entraîné la ruine.

Du l)ruit de son trépas mortellement frappés ,

\ répandre des pleurs nous étions occupés.

Quand, du courroux des dieux ministre épouvantable ,

Funeste à l'innocent, sans punir le coupable ,

Un monstre (loin de nous que faisicz-vous alors ?) ,

Un monstie furieux vint ravager ces bords. • Le ciel , industrieux dans Sii triste vengeance, Avait à le former épuisé sa puissance.

Né parmi des rochers, au pied du Cithéron, Ce monstre à voix humaine , aigle , femme , et lion , De la nature entière exécrable assemblage, Unissait contre nous l'artifice à la rage. Il n'était qu'un moyen d'en préserver ces lieux.

D'un sens embarrassé dans des mots captieux, Le monstre, chaque jom-, dans Thèbe épouvantée, Proposait une énigme avec art concertée ; Et si quelque mortel voulait nous secourir. Il devait voir le monstre et l'entendre , ou périr. A cette loi terrible il nous fallut souscrire. D'une commune voix Thèbe offrit son empire A l'heureux interprète inspiré par les dieux , Qui nous dévoilerait ce sens mystérieux. Nos sages, nos vieillards , séduits par l'espérance, Osèrent, sur la foi d'une vaine science, Du monstre impénétrable affronter le courroux : Nul d'eux ne l'entendit; ils expirèrent tous. Mais Œdipe , héritier du sceptre de Corinthe , Jeune, et dans l'âge heureux qui méconnaît la crainte. Guidé par la fortune en ces lieux pleins d'effroi . Tint,- vit ce monstre atTreuXj l'entendit, et fut roi. 11 vit , il règne encor ; mais sa triste puissance Ne voit que des mourants sous son obéissance. Hélas ! nous nous flattions que ses heureuses mains Pour jamais à son trône enchaînaient les destins. Déjà même les dieux nous semblaient plus faciles : Le monstre en expirant laissait ces murs tranquilles; (^Mais la stérilité , sur ce funeste bord ,

^ Bientôt avec la faim nous rapporta la mort.

{}- Les dieux nous ont conduits de supplice en supplice ; La famine a cessé , mais non leur injustice ; Et la contagion , dépeuplant nos États ,

V Poursuit un faible reste échappé du trépas. X Tel est l'état horrible où les dieux nous réduisent. Mais vous, heureux guerrier que ces dieux favorisent. Qui du sein delà gloire a pu vous arracher? Dans ce séjour affreux que venez-vous chercher?

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