‹ ThéatreChapitre 7 sur 520 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

PmLOCTÈTE .

J'y viens porter mes pleurs et ma douleur profonde . Apprends mon infortune et les malheurs du monde. Mes yeux ne verront plusce digne fils des dieux , Cet appui de la terre, invincible comme eux. L'innocent opprimé perd son dieu tutélaire; Je pleure mon ami, le monde pleure un père.

BIMAS.

Hercule est mort?

I'HlLOCTi:TE.

Ami, ces malheureuses mains Ont mis sur le bûcher le plus grand des humains. Je rapporte en ces lieux ses flèches invincibles , Du fils de Jupiter présents chers et terribles; Je rapporte sa cendre, et viens à ce héros , Attendant des autels, élever des tombeaux. Crois-moi ; s'il eût vécu , si d'un présent si rare Le ciel pour les humains eût été moins avare, J'aurais loin de Jocaste achevé mon destint El , dût ma passion renaître dans mon sein , Tu ne me verrais point, suivant l'amour pour guide. Pour servir une femme abandonner Alcide.

DDIAS.

J'ai plaint longtemps ce feu si puissant et si doux; 11 naquit dans l'enfance, il croissait avec vous.

Jûcaste , par un père , à son hymen forcée ,

Au trône de Laïus à regret fut placée.

Hélas! par cet hymen qui coûta tant de pleurs.

Les destins en secret préparaient nos malheurs.

Que j'admirais en vous cette vertu suprême ,

Ce cœur digne du trône , et vainqueur de soi-même !

En vain l'amour parlait à ce cœur agité :

C'est le premier tyran que vous avez dompté.

PIIILOCTIITE.

II fallut fuir pour vaincre; oui , je te le confesse ,

Je luttai quelque temps; je sentis ma faiblesse :

Il fallut m'arracher de ce funeste lieu ,

Et je dis à Jocaste un éternel adieu.

Cependant l'univers, tremblant au nom d' Alcide ,

Attendait son destin de sa valeur rapide ;

A ses divins travaux j'osai m'associei-;

Je marchai près de lui , ceint du môme laurier.

C'est alors , en effet , que mon âme éclairée ,

Contre les passions se sentit assurée.

L'amitié d'un grand liomme est un bienfait des dieux ;

Je lisais mon devoir et mon sort dans ses yeux ;

Des vertus avec lui je fis l'apprentissage ;

Sans endurcir mon cœur, j'affermis mon courage ;

L'inflexible vertu m'enchaîna sous sa loi.

Qu'eussé-je été sans lui? rien que le fils d'un roi,

Rien qu'un prince vulgaire, et je serais peut-être

Esclave de mes sens , dont il m'a rendu maître.

m MAS.

Ainsi donc désormais , sans plainte et sans courroux , Vous reverrez Jocaste et son nouvel époux ?

PHILOCTÈTE

Comment! que dites-vous.^ un nouvel hyménée...

DIMAS

Œdipe à cette reine a joint sa destinée.

PHILOCTÈTE

Œdipe est trop heureux; je n'en suis point surpris; Et qui sauva son peuple est digne d'un tel prix : Le ciel est juste.

DIMAS

Œdipe en ces lieux va paraître :

Tout le peuple avec lui, conduit par le grand prêtre, ^ Vient des dieux irrités conjurer les rigueurs.

PHILOCTt:TE.

Je me sens attendri , je partage leurs pleurs.

0 toi, du haut des cieux , veille sur ta patrie;

Exauce en sa faveur un ami qui te prie,

Hercule! sois le dieu de les concitoyens !

Que leurs vœux jusqu'à toi montent avec les miens !

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