ACTE II, SCÈNE IV
Il le doit : mais surtout il doit aimer les lois; Il doit en être esclave , en porter tout le poids. Qui veut les violer n'aime point sa patrie.
MESS A LA
Nous avons vu tous deux si son bras l'a servie.
BRliTLS.
Il a fait son devoir.
MESS\LA
Et Rome eût lait le sien , En rendant plus d'honneur à ce cher citoyen.
Non, non : le consulat n'est point fait pour son âge; J'ai moi-même à mon fils refusé mon suffrage. Croyez-moi, le succès de son ambition Serait le premier pas vers la corruption. Le prix de la vertu serait héréditaire : Bientôt l'indigne fils du plus vertueux père, Trop assuré d'un rang d'autant moins méiité, L'attendrait dans le luxe et dans l'oisiveté : Le dernier des Tarquins en est la preuve insigne. Qui naquit dans la pourpre en est rarement digne. Nous préservent les cieux d'un si funeste abus, Berceau de la mollesse et tombeau des vertus ! Si vous aimez, mon Tils (je me plais à le croire) , Représentez-lui mieux sa véritable gloire ; Étouffez dans son cœur un orgueil insensé : C'est en servant l'État qu'il est récompensé. D3 toutes les vertus mon fils doit un exemple : C'est l'appui des Romains que dans lui je contemple ; Plus il a fait pour eux , plus j'exige aujourd'iiui. Connaissez à mes vœux l'amour que j'ai pour lui; Tempérez cette ardeur de l'esprit d'un jeune homme : Le llatter, c'est le perdre , et c'est outiager Rome.
MESSALA
e me bornais, seigneur, à le suivre aux conibaf^; .''imitais sa valeur, et ne l'instruisais pas. J'ai peu d'autorité; mais, s'il daigne me croire, Rome verra bientôt comme il chérit la gloire.
Allez donc, et jamais n'encensez ses erreurs: ije hais les tyrans Je hais pins les llatteurs.
11 n'est point de tyran plus dur, pins haïssable Que la sévérité de ton cœur intraitable. Ta , je verrai peut-être à mes pieds abattu Cet orgueil insultant de ta fausse vertu. Colosse qu'un vil peuple éleva sur nos tètes, Je pourrai t*écraser, et les foudres sont prêtes.