‹ ThéatreChapitre 62 sur 520 · ARONS, MESSALA · texte numérisé non relu

ARONS, MESSALA

ARONS

Eh bien ! qu'avez- vous fait ?

Avez-vous de Titus fléchi le fier courage .^ Dans le parti des rois pensez-vous qu'il s'engage ?

MESSALA

Je VOUS l'avais prédit : l'inflexible Titus

Aime trop sa patrie , et tient trop de Brutus.

Il se plaint du sénat, il brûle pour Tullie ;

L'orgueil , l'ambition , l'amour, la jalousie,

Le feu de son jeune âge et de ses passions ,

Semblaient ouvrir son âme âmes séductions.

Cependant, qui l'eût cru? la liberté l'emporte ; •

Son amour est au comble , et Rome est la plus forte.

J'ai tenté par degrés d'effacer cette horreur

Que pour le nom de roi Rome imprime en son cœur.

En vain j'ai combattu ce préjugé sévère ;

Le seul nom des Tarquins irritait sa colère,

De son entretien même il m'a soudain privé;

Et je hasardais trop , si j'avais achevé.

ARONS

Ainsi de le fléchir Messala désespère.

MESSALA

J'ai trouvé moins d'obstacle à vous donner son frère, Et j'ai du moins séduit un des fds de Brutus.

ARONS

Quoi! vous auriez déjà gagné Tibérinus?

Par quels ressorts secrets , par quelle heureuse intrigue?

MESSALA

Son ambition seule a fait toute ma brigue. Avec un œil jaloux il voit depuis longtemps De son frère et de lui les honneurs différents :

Ces drapeaux suspendus à ces voûtes fatales,

Ces festons de lauriers , ces pompes triomphales,

Tous les cœurs des Romains et celui de Brutus

Dans ces solennités volant devant Titus ,

Sont pour lui des al'fionts qui, dans son âme aigrie.

Échauffent le poison de sa secrète envie.

Et cependant Titus, sans haine et sans courroux.

Trop au-dessus de lui pour en être jaloux ,

Lui tend encor la main de son char de victoire ,

lit semble en l'embrassant l'accabler de sa gloire.

J'ai saisi ces moments ; j'ai su peindre à ses yeux

Dans une cour brillante un rang plus glorieux j

J'ai pressé, j*ai prorais, au nom de Tarquin même,

Tous les honneurs de Rome après le rang suprême :

Je l'ai vu s'éblouir, je l'ai vu s'ébranler :

11 est à vous, seigneur, et cherche à vous parler.

AROiNS.

Pourra-t-il nous livrer la porte Quirinale ,

MESSALA

Titus seul y commande , et sa vertu fatale N'a que trop arrêté le cours de vos destins : C'c^ un dieu qui préside au salut des Romains. Gardez de hasarder cette attaque soudaine. Sûre avec son appui , sans lui trop incertaine.

AROINS.

Mais si du consulat il a brigué l'honneur. Pourrait-il dédaigner la suprême grandeur, Et TuUie, et le trône, offerts à son courage?

MESSALA

Le trône est un affront à sa vertu sauvage.

Mais il aime TuUie.

MESSALA

Il l'adore , seigneur :

II l'aime d'autant plus qu'il combat son ardeur. Il brûle pour la fille en détestant le père ; Il craint de lui parler, il gémit de se taire ; Il la cherche , il la fuit ; il dévore ses pleurs , Et de l'amour encore il n'a que les fureurs. Dans l'agitation d'un si cruel orage.

Un moment quelquefois renverse un grand courage.

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