‹ ThéatreChapitre 66 sur 520 · TITUS, TULLIE · texte numérisé non relu

TITUS, TULLIE

TITUS

Madame, est-il bien vrai ? daignez-vous voir encore Cet odieux Romain que votre cœur abhorre, Si justement haï , si coupable envers vous ? Cet ennemi...

TULLIE

Seigneur , tout est changé pour nous.

Le destin me permet... Titus, il faut me dire Si j'avais sur votre âme un véritable empire.

Eh ! pouvez-vous douter de ce fatal pouvoir , De mes feux , de mon crime, et de mon désespoir? Vous ne l'avez que trop cet empire funeste ; L'amour vous a soumis mes jours , que je déteste. Commandez , épuisez votre juste courroux ; Mon sort est en vos mains.

TULLIE

Le mien dépend de vous.

TITUS

De moi ! Titus tremblant ne vous en croit qu'à peine ; Moi , je ne serais plus l'objet de votre haine! Ah ! princesse , achevez ! quel espoir enchanteur M'élève en un moment au faîte du bonheur !

TULLIE, en donnant la lettre.

Lisez , rendez heureux , vous , TuUie , et mon père.

( tandis qu'il lit. ) Je puis donc me flatter... Mais quel regard sévère ! D'où vient ce morne accueil et ce front consterné? Dieux!...

TITUS

Je suis des mortels ie plus infortuné ; Le sort, dont la rigueur à m'accabler s'attache, îl'a montré mon bonheur , et soudain me l'arrache ; Et , pour combler les maux que mon cœur a soufferts , Je puis vous posséder, je vous aime, et vous perds.

TULLIE

Vous, Titus?

TITUS

Ce moment a condamné ma vie Au comble des horreurs ou de l'ignominie , A trahir Rome ou vous ; et je n'ai désormais Que le choix des malheurs ou celui des forfaits.

TULLIE

Que dis-tu ? quand ma main te donne un diadème , Quand tu peux m' obtenir , quand tu vois que je t'aime I Je ne m'en cache plus; un trop juste pouvoir.

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